Personne n’espérait, franchement, une infime surprise. Les nouvelles venues de Kigali vendredi ont confirmé ce que tout le monde attendait depuis le début de la campagne électorale. À 59 ans et au pouvoir depuis 1994, Paul Kagamé a remporté une écrasante victoire (98%) et entame un 3e mandat.

Un score à la soviétique. L’expression devient même une banalité de l’autre côté de la frontière Est de la RDC. Tant les Rwandais en sont habitués. Comment pouvait-il en être autrement dans une élection où tous les 7 ans depuis plus de deux décennies, les résultats sont connus d’avance. Plébiscité dès décembre 2015 à l’issue d’un referendum constitutionnel critiqué par la Communauté internationale, mais adopté à 90% par le Rwandais, le chef de l’État n’avait pas d’ailleurs hésité lui-même de rappeler pendant cette campagne – où on ne voyait, n’entendait et ne parlait que de lui – qu’il avait déjà gagné. « Ce serait mentir que de prétendre ignorer le résultat de l’élection présidentielle. Je suis venu vous demander si vous êtes encore sur la voie de ce qui a conduit au référendum et à ses résultats. Si c’est le cas, vous comprendrez que l’élection est jouée », avait-il declaré lors d’un rassemblement à Kigali.

« Envoyé de Dieu » à Kigali, « autocrate » à Kinshasa

La réélection de Paul Kagamé a évidemment fait réagir à Kigali, mais aussi dans la région des grands Lacs où le petit voisin de la RDC a joué et continue de jouer un rôle dans les conflits qui ont touché le géant de l’Ouest ces dernières années. Si, pour Marie-Rose Nyiraguro, une électrice de 53 ans, interrogée par la RTBF, son président « c’est l’envoyé de Dieu », pour l’opposant congolais Claudel Lubaya, le score fleuve du « prophète » Kagamé ne fait pas sourire. « 99% de honte sorti de la mascarade pour Sa Majesté Kagamé 1er, monarque immortel, dont le score rappelle l’Afrique des autocrates », a dégainé sur twitter le président de l’UDA Originelle, un parti membre du Rassemblement.

La formule ironique de l’opposant congolais n’est rien d’autre qu’une manière d’exprimer le dépit partagé par une grande partie de l’opinion congolaise auprès de laquelle Paul Kagamé n’a pas vraiment la côte, lui, que beaucoup, à Kinshasa, Bukavu ou encore à Goma considèrent comme responsable de tous les malheurs du pays, pour avoir soutenu, prétendument, à tour de rôle, les rebellions du RCD, du CNDP et du M23. Avec leur lot de désolation.

Qu’importe. Le « roi » Kagamé est là et encore pour longtemps. Et ce n’est pas pour déplaire à ses pairs. Dans une région touchée par l’épidémie des chefs d’États qui s’accrochent, il n’y avait pas mieux qu’une élection à la Poutine pour renforcer davantage l’image de plus en plus autoritariste d’une des régions d’Afrique qui s’éloigne chaque jour un peu plus de toutes les règles démocratiques qui gouvernement le monde moderne.