Par CAS-INFO

Les manifestations de l’Opposition se suivent et se ressemblent en RDC. Et à chaque fois le scénario est le même : déploiement massif des forces de l’ordre, faible mobilisation et la population contrainte de rester à la maison. Dédoublée de fond en comble après la disparition de son leader historique Étienne Tshisekedi, l’Opposition congolaise a-t-elle encore des ressources pour faire face à la machine au Pouvoir ?


« Nous avons, par stratégie, procédé par des petites manifestations dans les rues adjacentes pour éviter que nos enfants n’aillent se faire tuer », expliquait subtilement en avril dernier le député Martin Fayulu pour justifier une marche qui venait de tourner court. Ce qui n’avait pas empêché le secrétaire général de la Majorité présidentielle Aubin Minaku de pointer un « échec cuisant ».

Ce jeudi 30 novembre, Félix Tshisekedi a de nouveau appelé les Congolais à « occuper massivement les rues pour dire non à la dictature ». S’il y a eu un peu partout une présence massive, il ne s’agissait pas de celle que le Rassemblement espérait. Plutôt, celle des hommes en bleu. Les forces de l’ordre fortement déployés dans la capitale comme en provinces. Résultat, plusieurs arrestations. Les leaders de la contestation, à commencer par le fils du Sphinx de Limete, lui même, ne sont jamais sortis de chez eux, encerclés par une police bien déterminée à les empêcher de déclencher la mobilisation. Pendant que d’autres, Martin Fayulu (Écidé) et Jean-Marc Kabund (UDPS), se faisaient « arrêter, tabasser et embarquer », selon l’UDA, l’autre parti qui réclame le départ de Joseph Kabila.


Si la Police s’occupe, avec efficacité, d’étouffer les manifestations dans l’œuf, l’autre acteur chargé de brouiller le message du Rassemblement s’appelle « Opposition institutionnelle ». Portée par le Premier ministre Bruno Tshibala, dissident de l’Udps. Alors que le Rassemblement sensibilisait mercredi pour la « rue », Brutshi clôturait lui au même moment le conclave de « son » UDPS, pour expliquer que, le parti de Tshiskedi, justement, avait l’occasion d’organiser des « bonnes élections » et qu’il s’y employait. Cap donc vers les élections et non vers une « transition sans Kabila » réclamée par les protestataires du 30 novembre. Message répété ce jeudi de contestation par un chef du Gouvernent qui s’est même permis quelques bains de foule à Kisenso et dans son fief de Lemba. Offrant ainsi à la presse l’image que cherche à passer le Gouvernement, celle d’une Opposition divisée.


Aux dépends du Rassemblement aile Félix Tshisekedi, le refrain des élections est désormais repris par quasiment toute la communauté internationale. Notamment l’ONU, qui vient d’appeler le gouvernement à respecter le calendrier électoral, mais aussi et surtout les partis politiques et leurs militants d’«éviter toute forme violence ». Comme un avertissement à une Opposition qui cumule ratés et fiasco.

Face à la répression toujours au rendez-vous, une population congolaise difficile à mobiliser et une opinion internationale qui semble se résoudre à jouer la carte du calendrier électoral, l’Opposition doit-elle changer de fusil d’épaule ? A-t-elle encore des ressources pour continuer dans la défiance ? Seul le Rassemblement peut répondre à ces interrogations. Plus vite il le fera, mieux il saura réorienter ou maintenir sa stratégie pour les jours cruciaux qui arrivent à grands pas.