Fortune, Kabila

Par CAS-INFO

C’est l’un des sujets qui font jaser en RDC. Bloomberg, GEC, Global Witness, des grands groupes de presse, Le Point, Le Monde, New York Times. Tous ont fait couler ces derniers mois un flot de rapports et de reportages sur la fortune du chef de l’État, Joseph Kabila, et ses proches. La dernière enquête, intitulée « les richesses du président » publiée en juillet 2017 par le Groupe d’études sur le Congo et le « Pulitzer Center on crisis Reporting », à la suite des révélations de l’agence Bloomberg, mettait ainsi en évidence ce qu’elle a qualifié de « corruption au sommet de l’État ». Allant  jusqu’à accuser la famille présidentielle d’être à la tête d’un empire de 80 entreprises.

De quoi faire bondir le frère cadet du président de la république. Irrité par cette « chasse à l’homme » qui n’en finit pas, Zoé Kabila a, dû, dans un tweet inhabituel, le 31 juillet 2017, taper du poing sur la table en demandant à ses détracteurs les preuves de leurs allégations.

Sur quelles variables les enquêteurs se basent-ils pour accabler le Pouvoir congolais ? Et qui a le profil pour enquêter ? Essayons de démêler le vrai du faux.

Il est une évidence en RDC. Le journalisme d’investigation a du mal à voir jour de manière honorable. Selon un travail de fin de cycle effectué à l’IFASIC pour l’obtention d’un graduat en science de l’information et de la communication, intitulé, « le Journalisme d’investigation dans l’audiovisuel congolais » – que CAS-INFO a feuilleté – en raison d’absence de moyens, de manque de motivation et d’initiative, informer à la télévision congolaise se résume aux activités quotidiennes des institutions de la république (réunions ministérielles, conseil des ministres, plénières dans les assemblées législatives, voyages des membres du gouvernement, etc.). Bref, un journalisme institutionnel, qui est encore monté en puissance avec la crise politique qui perdure dans le pays. Dans ces conditions, difficile d’envisager une enquête de grande envergure consistant d’aller fouiller dans le portemonnaie du chef de l’État. Qui nécessite, à la fois, l’accès aux sources, les moyens et…un CV. Conséquence, la presse congolaise s’en remet souvent aux travaux d’ONG, agences et journalistes étrangers, bien mieux outillés, pour informer sur les dossiers sensibles tel que la fortune de la famille présidentielle. Mais comment procèdent-elles, ces ONG ?

Les variables utilisées

Pour mesurer la « mainmise du clan Kabila » sur les 80 sociétés et les « centaines de millions qui vont avec, les enquêteurs du GEC et de Pulitzer Center on crisis Reporting ont aligné une série de variables. Nous en avons repérées deux.

Les concessions. La taille des terres prétendument occupées par la famille présidentielle représenterait, selon le rapport de deux organisations, 73 000 hectares. Un fossé abyssal, comparé à la moyenne nationale, calculée à 1,5 hectare dans le rapport accusateur. Il faut dire que, disposer des parcelles de terre constitue une énorme richesse. En témoigne, d’ailleurs, la ferme Espoir appartenant au président de la république (8000 hectares).

Lire aussi
Scandale des passeports : la Belgique enquête depuis le début de l’année

Les parts dans les sociétés. C’est le nœud des accusations qui ont fait couler beaucoup d’encres et de salive. Dans le rapport, les enquêteurs de GEC et Pulitzer Center on crisis Reporting ont à peu près cité chaque membre de la famille Kabila, qui disposerait des parts dans plusieurs entreprises. Quand il n’est pas simplement propriétaire d’une société sous un nom tiers. Actionnaire ou propriétaire. Ces deux variables semblent s’être avérés indispensables pour les enquêteurs pour mesurer la participation dans les 80 sociétés répertoriées.

Des informations à la portée de tous

Pour des révélations aussi lourdes, Bloomberg, GEC et « Pulitzer Center on crisis Reporting » ne sont pas allés chercher loin. Leur méthodologie a été simple : une recherche documentaire. Selon RFI, le travail des auteurs du rapport « les richesse du président » a consisté à la compilation de sources publiques, des informations publiées dans le journal officiel ou encore des registres du ministère du commerce. Autrement dit, des données qui démontrent qu’il n’y a rien de caché ni d’illégal. Sauf lorsqu’il s’agit par exemple du refus de payer les taxes, comme l’ont relevé les deux ONG.

Les preuves d’enrichissement illicite demandées par les personnes lésées ne sauront peut-être jamais être apportées. Toujours est-il que, pour souligner la vitesse observée dans l’acquisition de la fortune présidentielle, les enquêteurs se sont appuyés sur cette petite phrase – « Nous n’avions rien, je cultivais un petit champ et je vendais mes légumes au marché comme n’importe quelle femme pauvre africaine » – qu’aurait prononcé, en 2006, la mère du chef de l’État – pour épingler les centaines de millions représentées dans les 80 entreprises.

Auteurs d’enquêtes à sensations tel que, « qui sont les tueurs de Beni ? », qui leur a valu des mois de recherches dans la région à haut risque de l’Est du pays, les chercheurs de GEC et leurs collaborateurs ont, non seulement un carnet d’adresse et un CV, ils ont surtout pris soin de préciser leur méthode de recherche, basée sur une documentation très officielle. Indispensable pour toute investigation qui se veut crédible.



One thought on “La fortune des Kabila : quels profil, variables et preuves, pour une enquête crédible ?”
  1. Zoe, Zoe, tu repartira chez toi les mains vides. Votre vol est hallucinant. Dans le secteur minier, je connais personnellement un papa qui gère la fortune de ta soeur au Katanga. Ne nous prenez pas pour des idiots.

Comments are closed.