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25 Août 2016 | Par Yvon Muya 


 


SÉCURITÉ

Sécurité privée : entre l’affaire de «mercenaires» de Katumbi et ce     «marché» de la guerre controversé

12 juillet 2016 | Par Yvon Muya

Des agents de la société americaine Blackwater sur un front en Irak, 2007Des agents de la société americaine Blackwater sur un front en Irak, 2007

En République Démocratique du Congo, les poursuites judiciaires contre l'opposant Moïse Katumbi  pour « recrutement de mercenaires » font beaucoup réagir. L'ancien gouverneur du Katanga a été inculpé en Mai dernier pour atteinte à la sûreté de l'État. Son péché, avoir recouru aux services de Jones International Group (JIG), une société privée américaine de sécurité, en vue « d'une analyse de sa sécurité personnelle », alors qu'il venait de quitter ses fonctions officielles. C'est justement, grâce à cette opération que l’Américain Darryl Lewis, agent de JIG, arrêté dans la foulée des interpellations, avait rejoint l'homme d'affaires katangais. Faire évaluer sa sécurité personnelle pour l'ex gouverneur. Une entreprise criminelle pour le gouvernement congolais. Une affaire, deux lectures. Que peut-on donc savoir de cette activité controversée.

Si l'affaire mêle justice et politique dans le contexte congolais actuellement tendu en raison des incertitudes sur le processus électoral, le recours à la sécurité privée dépasse largement les frontières congolaises. Et il ne date pas d'aujourd'hui. Pour tout comprendre, nous présentons ici un aperçu de cette activité qui se démocratise de plus en plus et qui mélange business et mercenariat. Les informations sur lesquelles nous nous basons sont tirées d’un excellent article scientifique de Richard Banegas (1998) intitulé "De la guerre au maintien de la paix : le nouveau business mercenaire".

 

Sociétés privées de sécurité, ces nouveaux maîtres du monde…

 

Un nom symbolise ce business et il est africain : Eben Barlow. Un ancien officier des forces spéciales sud-africaines du régime d’apartheid. Commandant en second du tristement célèbre bataillon Buffalo, Richard Banegas le présente comme responsable de massacre de nombreux militants anti apartheid dans un Afrique du Sud ségrégationniste. Mais avec à la pression internationale, les forces spéciales doivent être démantelées. Eben Barlow anticipe ces bouleversements et fonde en 1989 Exécutive Outcomes (EO) qui va devenir incontournable dans la sécurité privée. Avec Sandline International, une firme britannique, tenue, elle aussi, par un ancien militaire britannique, Tim Spicer (héros de la guerre de Malouines), EO forme un «duo d’enfer». Toutes les deux sont des filiales d’un vaste holding, Strategic Ressources Corporation (SRC) créé toujours par le même Eben Barlow. Elles dominent ce nouveau mercenariat « professionnel », mais sont loin d’être les seuls. Pour Richard Banegas, en dehors des groupes britanniques comme le DSL, des sociétés américaines comme le MPRI et Wackenhut, sans doute, aussi, le Jones International Group soliccité par Moise Katumbi, des dizaines, voire des centaines d’autres sociétés, allant du simple gardiennage à la guerre ‘’clé en main’’ », ont pris d’assaut ce nouveau business.

Le dos d'un agent de GAS Security, une société Sud Africaine dans le viseur du gouvernement à cause d'une prison contrôlée par elle en Afrique du Sud (Photo YP)Le dos d'un agent de GAS Security, une société Sud Africaine dans le viseur du gouvernement à cause d'une prison contrôlée par elle en Afrique du Sud (Photo YP)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Finis donc ces temps de mercenaires à la Bob Denard avec leurs controverses, la vente des armes et le soutien apporté aux rebellions. Il s’agit ici d’un mercenariat des temps modernes qui traite avec des gouvernements légitimes, mais aussi avec des privés. Avec la bénédiction des grands de ce monde. "Ce sont les professionnels qui s’occupent de la sécurité", se vante d’ailleurs, souvent, le patron de Sandline International, Tim Spicer.

Selon Richard Banegas, deux facteurs expliquent la montée de ces nouveaux « condottieres », ces nouveaux marchands de la guerre : les bouleversements de l’après-guerre froide et les opportunités financières offertes par la mondialisation. Avec la fin de la guerre froide, les grandes puissances sont de plus en plus réticentes à intervenir dans les conflits à « basse intensité ». les guerres civiles intra-étatiques par exemple. Conséquence, le champ reste libre pour les sociétés privées. Parmi ces puissances les États-unis ont encore un douloureux souvenir après la perte des 10 de leurs hommes en 1993 en Somalie. Par ailleurs, les réformes structurelles imposées aux États par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale participent au resserrement des effectifs de l’appareil sécuritaire dans plusieurs pays. Et l’impact est évident sur la qualité des institutions sécuritaires. Résultat, les gouvernements recourent de plus en plus aux services privés.

Le  problème est que les secteurs d’intervention ne sont pas uniquement sécuritaire pour cette activité lucrative que plus personne ne peut arrêter. Il y a bien sûr les conseils sur la sécurité, les renseignements ou l’analyse des risques. « Mais ces marchands de la sécurité bénéficient aussi de l’exploitation des mines et d’autres ressources naturelles (gaz, pétrole, cuivres, bois, etc.) parfois obtenues sous formes de concessions en payement de leurs services », écrit encore Richard Banegas. Des domaines qui révèlent souvent des connexions scandaleuses entre puissances occidentales, gouvernements africains et ces sociétés privées.

 

Elles font et défont les régimes et font la loi…

 

Sierra Leone 1998. Renversé par un coup d’État en 1997, le président Ahmed Tejan Kabbah, démocratiquement élu est restauré par les forces de l’ECOMOG, avec l’aide de Sandline International (société privée britannique) utilisé par le gouvernement britannique de Tony Blair. Alors que la guerre civile fait rage, toujours, en Sierra Leone en 1995, et que les rebelles sont aux portes de Freetown, le gouvernement sierra léonin de Strasser fait appel à Branch Energy, une filiale du holding SRC (une firme américaine). Ayant rapidement sécurisé la capitale, les « mercenaires » prennent ensuite le contrôle des sites diamantifères de Kono. Puis, des gisements de Sierra Rutile. Avant de lancer l’assaut contre le QG de la rébellion en octobre 1996. La facture est salée : un million de dollars par mois. Incapable de payer,  en compensation, le gouvernement sauvé accorde l’exploitation des mines de diamant dans les zones conquises par les troupes d’Executive Outcomes, à Branch Energy. Puis, à Diamond Works dont est actionnaire Tim Spicer. Encore lui.  

Les mercenaires d'Executive Outcomes en Sierra Leone, 1995Les mercenaires d'Executive Outcomes en Sierra Leone, 1995

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En Angola, un juteux contrat de 40 millions jette Executive Outcomes dans les bras du gouvernement de Dos Santos. Celle-ci l’aide à moderniser son armée en 1993 pour faire face aux hommes de l’UNITA qui lui même était son ancien partenaire. Tour à tour les hommes de Savimbi sont défaits des installations pétrolières de Soyo. Puis, des zones minières de Cafunfo. Même si avec la pression des États-Unis, mais aussi du Fonds Mométaire Internatioal, Executive Outcomes va quitter le pays en 1995 pour être remplacée par son concurrent américain, le MPRI.

C’est aussi cette collusion entre les grandes puissances et les multinationales sécuritaires qui a notamment contribué à la chute de Mobutu au Zaïre en 1997, fait encore remarquer notre auteur. Il cite Ronco, une petite firme composée d’anciens des Special Forces US qui, « sous couvert de déminage au Rwanda, a vraisemblablement participé à l’offensive contre [le Marechal] en entraînant les troupes rwandaises sur la base de Cyangugu, avec l’assentiment du National Security Council et de l’attaché militaire américain à Kigali, Tom Odum ».

Tombeur de Mobutu, avec l'aide rwando-américaine, le régime de Joseph Kabila en sait sans doute beaucoup, lorsqu'il cible Moïse Katumbi et ces connexions sécuritaires américaines douteuses qui entourent son ancien protégé.

 

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