Par Yvon Muya

Les oreilles des politiciens congolais ont dû siffler la nuit dernière. Et pour cause, le discours particulièrement offensif du Chef de l’État à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance de la RDC et en pleine crise politique. Depuis le coup de sang de Patrice Emery Lumumba en 1960, jamais un 30 juin n’avait donné lieu à pareil recadrage présidentiel de la classe politique congolaise. Dans le viseur de Félix Tshisekedi, le FCC de l’ancien président Joseph Kabila et sa réforme judiciaire controversée. Les trois propositions de lois qui cherchent à mettre les magistrats congolais sous la coupe du ministre de la justice s’étaient déjà mises à dos les toges noirs. Elles font désormais face au président de la république lui-même.

«Point n’est besoin de vous rappeler que la justice élève une nation », a lancé le Chef de l’État. « Voilà pourquoi j’estime que les réformes dans ce secteur doivent être dictées, non pas par le souci de s’assurer une protection d’une personne ou d’un groupe de personnes mais par le souci d’apporter plus d’efficacité et d’efficience au fonctionnement de la justice.», a-t-il poursuivi.

La fin de l’impunité

Et d’ajouter en guise de mise en garde, « je n’accepterai sous aucun prétexte aucun des réformes dans ce secteur qui, par leur nature et contenu, viendraient porter atteinte à des principes fondamentaux régissant la justice […] notamment le pouvoir régalien de nomination des magistrats, la gestion du pouvoir judiciaire confiée au Conseil supérieur de la magistrature».

En quelques lignes, voilà la réforme Minaku Sakata vidée de toute sa substance et un président qui annonce des couleurs pour la suite de son quinquennat. Car pour Félix Tshisekedi, le temps où il refusait de fouiner dans le passé semble révolu. Après l’expérience « douloureuse » révélée au cours du procès de 100 jours, a-t-il mentionné en faisaient allusion à la condamnation à vingt ans de prison de son directeur de cabinet, Vital Kamerhe, le numéro un congolais entend mettre fin à l’impunité en tournant définitivement « la page de la longue série des projets qui à travers l’histoire ont donné lieu à d’importants coulages des ressources publiques ».

«…aucune majorité politique ou parlementaire ne peut outrepasser les principes fondateurs de la république. »

Des projets comme le parc agro-industriel de Bukanga Lonzo lancé en grande pompe en 2014 et à coup de millions de dollars sont restés lettre morte sans jamais répondre au besoin alimentaire des Congolais. Tout comme les multiples cessions d’actifs miniers et les projets de construction des routes et des aéroports restés inachevés en toute impunité. Tout ça, c’est terminé. Félix Tshisekedi siffle la fin de la récréation.

Comme s’il voulait montrer à ses alliés du FCC sa détermination d’aller jusqu’au bout de sa volonté de refonder un nouveau Congo, Félix Tshisekedi n’a pas hésité de s’en prendre à leur position majoritaire au parlement: « aucune majorité politique ou parlementaire, d’où qu’elle vienne, ne peut outrepasser les principes fondateurs de la république », a-t-il prévenu.

On le disait marionnette et sans aucun pouvoir, avec ce discours ultra offensif, Félix Tshisekedi entend démontrer le contraire. Il y a 60 ans, Lumumba défiait la toute puissante Belgique devant la face du monde, en s’en prenant directement au tout puissant clan Kabila, Tshisekedi inscrit à son tour le 30 juin 2020 dans les livres d’histoire.