Par CAS-INFO

Après avoir dirigé le pays pendant plus de 18 ans Joseph Kabila peut-il être inquiété par la justice congolaise ? C’est le rêve que caresse un pasteur évangélique à Kinshasa. À la tête d’une des grandes communautés chrétiennes du pays, l’évêque Pascal Mukuna, a déposé une plainte le 7 mai au Parquet général près la cour constitutionnelle pour « crimes politico-économiques » et « violation des droits de l’homme » commis pendant le règne de l’ancien président.

«Je dénonce tous ces crimes auprès de votre office pour qu’une enquête soit ouverte et que monsieur Joseph Kabila réponde de ses [actes] », a écrit celui qui coordonne également une organisation citoyenne dénommée l’« Éveil patriotique ». Mais en s’engageant dans cette lutte, « je savais à quoi m’attendre », a dû se raviser le Pasteur.  Quelques jours avant de saisir le procureur, il s’était ainsi rendu à l’évidence, forcé de reconnaître le danger de la fournaise dans laquelle il a mis le pied. Alors qu’une vidéo, d’orgie, lui attribuée, fait rage sur les réseaux sociaux.

Partagée des milliers de fois sur internet, la sextape continue à diviser le pays. On y voit, certes, un homme dont le visage ressemble à celui du pasteur, en pleins ébats avec une femme. Mais pour le vice-président du mouvement Éveil patriotique, vraie ou fausse « cette vidéo n’a rien avoir avec le combat du pasteur contre la mégestion de monsieur Kabila », a lancé samedi Jean Claude Katende dans une  déclaration à la presse.

« Il s’est engagé sur un terrain très dangereux que je connais très bien », avertit pour sa part le pasteur Kutino Fernando. Incarcéré pendant 8 ans après une condamnation à 10 ans de prison pour tentative d’assassinat et détention d’armes de guerre, en 2008, le coordonnateur d’une autre campagne anti-Kabila, « sauvons le Congo », vit en exil depuis sa libération en 2014. « Le combat que livre Mukuna est d’un autre nouveau, les Congolais doivent se mobiliser», exhorte celui qui a tenté lui aussi de défier Joseph Kabila au plus fort de son régime.

La marche est en effet trop haute pour le Pasteur le plus clivant du moment. En affrontant l’ex président et sa large majorité au sein des institutions, le fondateur de l’Assemblée chrétienne de Kinshasa espère-t-il réussir là où Kutino Fernando a échoué ? Entre les deux hommes d’église et les 12 ans qui séparent leurs luttes respectives, des opposants politiques envoyés en prison et les défenseurs des droits de l’homme morts ou contraints à l’exil se sont cassés les dents. Face ce constat, la plainte de Pascal Mukuna revêt plus que jamais un caractère plutôt symbolique. Pour lui, c’est déjà un pari réussi.