Par Yvon Muya

C’est un match comme les Congolais n’en avaient jamais vécu depuis bien longtemps. Celui opposant le directeur de cabinet du Chef de l’État et la justice congolaise. Vital Kamerhe et l’ensemble de ses co-accusés dans la malversation financière liée au programme d’urgence de 100 jours commencent à comparaître ce lundi 11 mai à Kinshasa. Ce procès, inédit, tient en haleine tout le pays et promet de rester dans les annales de l’histoire congolaise.

Une affaire des millions

Le leader de l’Union pour la nation congolaise est soupçonné d’avoir participé au détournement de plusieurs dizaines de millions de dollars alloués aux travaux du programme d’urgence du président de la république Félix Tshisekedi. Attribution des marchés de gré à gré, entreprises fictives, médicaments périmés. Au total, pas moins de 57 millions de dollars se seraient volatilisés sans que ni les Sauts-de moutons, censés désengorger la capitale Kinshasa, ni les 5000 logements sociaux préfabriqués commandés par le gouvernement, ne soient délivrés.

L’ancien président de l’Assemblée nationale nie en bloc toutes les accusations. Il a assuré aux magistrats instructeurs, entant que chef du cabinet présidentiel, ne pas être responsable du suivi de l’affectation de l’argent versé aux sociétés de construction ni avoir signé un quelconque contrat. Cette responsabilité incombait selon lui aux membres de l’ancien gouvernement de Bruno Tshibala. Mais, depuis, l’actuel ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Thomas Luhaka, qui s’occupait alors des Travaux publics et Infrastructures, a été auditionné à titre de simple renseignant par le Parquet général près la cour d’appel de la Gombe. Aucune charge n’a été retenue contre lui. Si ce n’est le souci de «contribuer à la consolidation d’un État de droit en RDC», s’était-il réjoui à l’issue de sa comparution.

« La boite de Pandore »

C’est en effet tout l’enjeu pour Vital Kamerhe: éviter de devenir le symbole de l’État de droit que Félix Tshisekedi, son principal allié, appelle de tous ses vœux, depuis son entrée en fonction le 24 janvier 2019. Saura-t-il éviter de porter l’ancre indélébile de l’homme qui aura inauguré une nouvelle ère de la fin de l’impunité en République Démocratique du Congo ? Il faut dire que le défi est titanesque pour « VK ». Tant les dossiers se sont accumulés sur sa seule personne depuis qu’ils ont succédé à Joseph Kabila au pouvoir: affaire 15 millions de dollars, mariage bling-bling, distribution des cadeaux de luxe à des proches. Sans oublier la fuite d’un neveu recherché par la police criminelle pour participation à ce même détournement des fonds, relatif aux « 100 jours ».

De quoi tendre les relations au sein de la coalition CACH, dont la campagne électorale avait essentiellement reposé sur le changement et l’emblématique slogan de l’UDPS: le « Peuple d’abord ». Si officiellement le parti de Félix Tshisekedi affiche encore un semblant de solidarité, dans les états-majors, on en a pas fini de s’échanger les amabilités au cours des derniers jours. «La boite de Pandore, on sait l’ouvrir. La refermer, par contre, sans égratignure, est une vraie gageure », s’est même fendu Michel Moto, un assistant particulier de Vital Kamerhe. Comme si à l’UNC on entend bien faire de ce procès une tribune pour un grand déballage.

Ça tombe bien. Le parti de Vital Kamerhe a demandé et obtenu l’autorisation de retransmettre l’audience de ce lundi en direct à la télévision. Les Congolais n’attendent qu’une chose : connaître la vérité sur ce qu’on a fait de leur argent. Et des sanctions pour les coupables.