Par Yvon Muya

Il fait partie des rares personnalités congolaises à bénéficier du qualificatif distinctif d’«animal politique». Au cœur d’une rocambolesque affaire de malversation financière, qui a provoqué un séisme à Kinshasa, Vital Kamerhe n’a jamais aussi bien porté son surnom.

Ce dimanche 12 avril 2020, le leader de l’UNC va passer sa quatrième nuit dans sa cellule de la prison de Makala. Il y est retourné samedi après avoir échoué à convaincre le Parquet général de lui accorder une remise en liberté provisoire. L’Avocat général de la république Sylvain Kaluila Muana a exhorté les magistrats instructeurs de ne pas accéder à sa requête craignant une possible entrave au bon déroulement de l’instruction en cas de libération du directeur de cabinet du Chef de l’État. Alors que les enquêtes sont en cours et qu’il existe des indices sérieux de culpabilité, a-t-il prévenu.

Au cours de son audition, Vital Kamerhe s’est vu reproché d’avoir ‘’détourné’’ les fonds publics alloués aux travaux du programme d’urgence de 100 jours dont il est le superviseur. Des accusations graves coiffées d’une qualification de «culpabilité», qui placent le puissant directeur de cabinet dans une position plus qu’inconfortable. Et une affaire de plus autour du chef de file de l’UNC.

15 millions de dollars, sans trace… 

Jusqu’ici c’est l’affaire des 15 millions de dollars américains disparus du trésor public l’an dernier qui était la seule à empoisonner la vie du chef du cabinet de Félix Tshisekedi à peine installé dans son nouveau rôle de catalyseur à la Présidence congolaise. Retenus à titre de 15% sur les 100 millions de dollars américains empruntés par le gouvernement congolais dans le cadre des transactions avec des compagnies pétrolières et du gel des prix des carburants, la décote  qui était censée être placée à la Banque centrale du Congo, s’est retrouvée à la Rawbank, avant de se volatiliser.

Si le nom du ministre de l’économie de l’époque, Henry Yav, apparait dans ce dossier, Vital Kamerhe se trouve en première ligne, pointé du doigt par le rapport de l’Inspection générale des finances pour avoir, dans une lettre datée du 10 mai 2019, demandé le transfert desdits 15 millions $ sur un autre compte privé, toujours à la Rawbank. Un compte supposé appartenir au Comité de suivi du programme de 100 jours, comme l’a rapporté l’enquête de l’inspection générale de la brigade contre les crimes économiques. Vital Kamerhe rejette ces allégations en bloc et pointe un dossier « classé sans suite ». Une enquête préliminaire du Parquet près la cour de Cassation en cours depuis juillet 2019 pourrait pourtant s’inviter sur la scène à tout moment.

Entreprises « fictives »   

Celle de l’affaire de 100 jours, elle, ne fait que commencer et n’en finit pas d’envoyer des têtes couronnées à Makala. Des chefs d’entreprises privées et administrateurs publics, tous, impliqués d’une manière ou d’une autre dans le détournement de plusieurs dizaine de millions de dollars américains destinés à la construction des sauts-de-mouton, des logements sociaux ou à l’achat des produits pharmaceutique, selon l’Avocat général de la république.

Superviseur du programme d’urgence, Vital Kamerhe, apparait là encore en première ligne de l’attribution des marchés de gré à gré. La justice lui demande des explications sur la disparition de 47 millions de dollars américains versés à l’entreprise SAMIBO, laquelle n’a jamais livré les 5000 maisons préfabriquées pour lesquelles elle s’était engagée. Le directeur de cabinet doit également clarifier la lanterne des magistrats sur une autre société, Trade Plus, bénéficiaire cette fois-ci, de 10 millions de dollars américains pour fournir des médicaments au pays. Problème, Trade Plus dont les statuts sont douteux n’avait aucune expertise dans le domaine pharmaceutique. Elle a par conséquent commandé des produits impropres à la consommation, au grand dam de la justice congolaise.  Quel rôle Vital Kamerhe y a-t-il joué ? Il assure, en tant que directeur de cabinet du Président, ne pas être responsable du suivi de l’affectation de l’argent versés aux entreprises ni avoir signé aucun contrat.

L’hyper-directeur…

Si, Vital Kamerhe fait parler de lui désormais dans les tribunaux, c’est sur la scène politique et, étonnamment,  privée, que « VK », a beaucoup défrayé la chronique au cours des dernier mois. Surnommé « Président bis » par ses détracteurs, Kamerhe, dont les ambitions présidentielles ne sont pas un secret (il est supposé être le candidat de CACH à la présidentielle de 2023 selon l’accord de Nairobi), a pris ses quartiers dès les premières minutes de la présidence Tshisekedi. Difficile de rater le directeur de cabinet lors des cérémonies officielles y compris des visites d’inspection des travaux par le Chef de l’État. Au sein de l’administration, c’est lui qui pilote tout, du nouveau régime, en l’absence d’un nouveau gouvernement qui a tardé à venir. En témoigne la lettre du 10 mai 2019, aux conséquences aujourd’hui désastreuses, adressée au ministre de l’économie. Elle introduisait Vital Kamerhe de plein pied dans l’affaire de 15 millions de dollars américains disparus.

Auteur d’une soutenance de thèse de doctorat à haute exposition médiatique et sans doute dispendieuse depuis la Grèce, Vital Kamerhe a également vu sa vie privée lui échapper entre les doigts. Mariage bling-bling, cadeaux de luxe, réseaux sociaux. Un train de vie qui fait tâche dans un des pays aux populations les plus pauvres monde. Une autre « affaire » qui a écorné un peu plus l’image de l’enfant terrible de Bukavu.