Par Badibanga Poivre D’Arvor

Le Gouverneur Théo Ngwabidje Kasi a mis en place sa nouvelle équipe gouvernementale. Les femmes y sont peu représentées. Elles sont au nombre de deux sur les dix ministres provinciaux. Cette faible représentativité des femmes au sein de ce gouvernement passe mal au sein des mouvements de défense de l’équité des genres.

Après l’annonce de l’équipe gouvernementale de la province, seules Marie-Jeanne Zihalirwa Barhasima (UNC), chargée des finances, de l’économie, du commerce et de l’industrie et Geneviève Mizumbi Namutondo (PANADER), nommée au ministère de l’éducation, de la Jeunesse, des Sport et Loisirs,
étaient à peine visibles aux côtés de huit hommes.

« … il y a lieu de croire que les questions de femmes ne seront pas prises au sérieux »

Un scandale aux yeux de plusieurs mouvements féministes pour lesquels le chef de l’exécutif provincial n’a pas tenu sa promesse. Ainsi pour la Dynamique « 50% de femmes ou rien », qui s’est confié à CAS-INFO, Theo Ngwabidje n’a pas tenu compte des dispositions de la constitution de la république qui prônent la représentativité paritaire homme-femme.

« Des questions se posent sur la motivation de Ngwabidje à mal servir les femmes », s’interroge pour sa part Descartes Mponge, ancien président du bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu. Il se dit déçu par ces nominations qui remettent injustement en cause les compétences des femmes.

« Le gouverneur, peut-il affirmer avoir manqué cinq femmes valables dans les partis politiques pour ainsi nous humilier ? », s’irrite également Marc Kasole, directeur exécutif adjoint de l’ONG ‘’Initiative solidaire pour la masculinité positive et l’égalité de sexes, ISOMPES-Grands-lacs’’. Pour lui, il vaudrait mieux avoir un nombre équilibré des ministres au vu des difficultés auxquelles font face les femmes.

« Depuis toujours, les hommes sont aux commandes. Qui oublie que les femmes et jeunes filles sont les cibles des guerres et autres cas d’insécurité récurrents à l’Est ? Les viols collectifs décriés çà et là dans la partie orientale du pays, sont-ils réellement condamnés par ces hommes politiques en fonction depuis des lustres ? l’heure a sonné pour que les femmes portent haut la parole de leurs sœurs, filles et mères qui subissent douloureusement l’injustice dans tous ses états sous la barbe des hommes décideurs. On ne veut pas une province des citoyens frustrés », avertit Marc Kasole.

« A l’allure avec laquelle se compose cette équipe gouvernementale, il y a lieu de croire que les questions des femmes ne seront pas prises au sérieux », estime, sous le sceau d’anonymat, un défenseur des droits de l’homme. D’après lui, il s’agit, ni plus ni moins, d’un gouvernement machiste qui n’a aucun souci de promotion des femmes aux instances de prise des décisions.

Intensifier le combat

L’espoir reste permis malgré tout. Le mouvement ‘’Rien sans les femmes’’ continue de penser que sur base de ce mauvais signe de l’actuel gouverneur à faire respecter la parité, le combat doit être intensifié.

« Pas question de faire les yeux doux à un gouvernement que nous jugeons phallocrate, sinon misogyne. Il faut que cela change ! », martèle un membre de la société civile du Sud-Kivu

Pour sa part, le gouverneur réitère son souhait de promouvoir les femmes, mais reconnait que tout devra s’inscrire dans un processus évolutif. Il demande aux femmes de s’apaiser et à se faire confiance aux prochaines échéances électorales en élisant massivement pour elles. C’est la voie royale pour prétendre occuper des postes de responsabilité à l’instar de leurs collègues masculins. Aux compétences égales, chances égales, disait-il à l’issue d’une audience accordée à une délégation des femmes leaders du Sud-Kivu.

La députée Kindja Mwendanga l’exhorte cependant à privilégier une sorte de discrimination positive « en exigeant aux ministres la nomination de bon nombre des femmes dans des cabinets ». Une façon de rectifier les tirs.