L’opposant congolais Félix Tshisekedi a été déclaré vainqueur de la présidentielle du 30 décembre 2018 en RDC avec 38, 57 %. C’est le président de la CENI Corneille Nangaa qui a fait l’annonce tard dans la nuit de mercredi à jeudi. L’épilogue, en attendant la confirmation de la Cour constitutionnelle, d’un long processus qui aura tenu en haleine tout un pays depuis plus de 2 ans.

Dès l’annonce des résultats lors d’une cérémonie retransmise en direct à la télévision nationale, Kinshasa, la capitale de la RDC et fief historique de l’UDPS, a explosé de joie. À Limete, où un écran géant était érigé au siège du parti, en présence du président élu, klaxons et cris de joie ont retenti, mélangés aux larmes. Plusieurs centaines de supporters de « Fatshi » s’y étaient rassemblés. Mêmes scènes de liesse à Mbujimayi, la ville natale de l’opposant, mais aussi un peu partout dans le pays.




Le père n’y est pas parvenu, le fils l’a fait

Pour Félix Tshisekedi, c’est la consécration d’un combat de plus de 30 ans. Celui de son père, l’emblématique Étienne Tshisekedi décédé le 1er Février 2017 à Bruxelles en pleine crise politique. « Je ne me suis pas battu pendant plus de 30 ans pour laisser la place à un autre », ne cessait de répéter le Sphinx de Limete. Cette place, qui l’a tentée d’arracher à la dictature de Mobutu, puis à Kabila père et fils, reste bien dans la maison Tshisekedi, par le biais de son rejeton.


Félix Tshisekedi avec son père, Étienne, en 2017

« Je lui dois tout, il est mon mentor », clame pour sa part Félix Tshisekedi. Tout. Et notamment cette marche triomphale au pouvoir. Âgé de 56 ans, Félix Tshilombo de son nom propre, s’illustre très vite dans la nombreuse famille Tshisekedi comme le seul garçon à suivre la passion de son géniteur pour la politique. D’abord simple militant de l’UDPS, il demeure dans l’ombre des éléphants mais toujours actif. Lui qui répond toujours présent aux appels à la mobilisation aux côté de son père. L’image du jeune Félix visage plein de sang ce 15 février 1991 à l’aéroport de Bruxelles alors que la police belge empêche son père d’opposant à prendre un vol pour un meeting à Kinshasa, marquera à jamais les esprits. Un tournant dans la carrière politique qui s’annonce tonitruante.


F. Tshisekedi après un violent accrochage avec la police/Bruxelles 1991

C’est donc très logiquement que Félix Tshisekedi reçoit des galons petit à petit. Après les élections de 2006 boycotté par l’UDPS, Félix Tshisekedi qui prône une ligne beaucoup plus éloignée de la politique de la chaise vide gagne du terrain dans les instances de décision. En 2008, il est nommé Secrétaire national du parti en charge des relations extérieures. Un poste qui lui ouvre des portes y compris celles des palais présidentiels à travers le continent avant de décrocher un siège à l’assemblée national en 2011, qu’il boudera comme une grande partie des cadres de l’UDPS. Dans cette lancée Félix Tshisekedi, qui contrôle quasiment le parti abandonné par son père qui se soigne à l’etranger, est propulsé au-devant de la scène nationale où il joue quasiment tous les rôles dus au père dont celui du Président du Rassemblement de l’opposition. Un rassemblement qui ne sera pas allé jusqu’au bout après l’éclatement de l’opposition en novembre 2018 à Genève. Un mal pour un bien. Qui envoie Félix Tshisekedi au Palais de la Nation. En attendant la confirmation de la Cour constitutionnelle, un Tshisekedi est devenu ce jour le 5e Président de la République Démocratique du Congo. Historique.