Par Yvon Muya

Dans moins de 10 jours les Congolais seront appelés aux urnes pour élire leur nouveaux dirigeants. Sauf nouveau rebondissement, la Republique Démocratique va voter. Un moment historique pour le pays qui s’apprête à connaitre une première alternance pacifique de son histoire au pouvoir après des décennies de dictature, guerres civiles et des crises politiques à répétition. Pour tourner cette page pesante, 21 candidats sont en lice pour l’élection présidentielle. Les électeurs Congolais auront toutefois le choix entre trois principaux candidats. Quelle est la feuille du match de chacun ? On la feuillette pour vous. Suivez le guide…

D’abord. Le 30 décembre 2018, l’enjeu ne concernera pas seulement le premier transfert historique au pouvoir. Les élections à venir marqueront également la fin des 17 ans de règne de Joseph Kabila. Avant un éventuel prochain retour. Arrivé au pouvoir en 2001, à la suite de l’assassinat de son père, le 3e Président du pays, Laurent Désiré Kabila, le « Raïs » marquera à jamais, comme Mobutu avant lui, l’histoire de la RDC.




Alors que ses détracteurs retiendront de lui, à tort ou à raison, un système de prédation (selon plusieurs rapports d’ONG), un pays dont la population s’est fortement appauvrie (176 sur 189, au classement mondial 2018, de l’Indice de développement humain) ou encore l’interminable insécurité due à la prolifération des groupes armés dans l’est du pays (Rapport GEC, 2018) – ses admirateurs garderont en revanche l’image du jeune président qui récupère, du haut de ses 29 ans, un pays morcelé par des années de guerre, qu’il réussit à réunifier malgré d’immenses défis d’un territoire continental. En dépit des taux de croissance élevés sans précédent et de la surproduction du cuivre et du cobalt, le développement et l’épanouissement du peuple congolais n’ont pas toujours suivi. Mais pour la présidence Kabila, c’est déjà ça, la grande réalisation.

Un héritier, « coup sur coup »…

Pour préserver cet héritage et préparer en douceur sa sortie, Joseph Kabila a jeté son dévolu sur un fidèle. Surnommé coup sur coup, pour sa promptitude à lâcher des coups contre les Opposants, Emmanuel Ramazani Shadary, 58 ans, sous sanctions internationales, est l’espoir de la Majorité pour éviter au bateau de couler. Gouverneur du Maniema sous Laurent Désiré Kabila, ce dure du régime est monté en puissance au fil des années « Joseph ».

Membre co-fondateur du parti présidentiel, le PPRD, il en devient le Président du Groupe parlementaire à l’assemblée nationale. L’exposition médiatique du poste façonne un peu plus l’image du « coup sur coup ». Swahiliphone, Shadary manie facilement le lingala, avec un parler kinois, qui s’avère toujours nécessaire à la communication de rue à Kinshasa. Pour l’avoir manqué, Joseph Kabila aura été un président bunkerisé, isolé de la base kinoise. L’ancien ministre de l’intérieur, bon parleur, voire, trop parleur, présente un profil différent bien différent.

S’il est élu, Emmanuel Shadary permettra ainsi le maintien du statu quo. Son élection signifiera surtout que Joseph Kabila, qui n’exclut pas de revenir en 2023, restera à la manœuvre. Bref, le pays connaitra alors sa première alternance au pouvoir. Mais une alternance dans la continuité.

Pour réaliser son rêve de devenir président, celui qui a coiffé au poteau les très présidentiables de la Majorité, Minaku et Matata (président de l’Assemblée nationale et ex premier ministre), va devoir d’abord se défaire de deux poids lourds de l’opposition : Martin Fayulu et Félix Tshisekedi.

D’outsider à presque favori…

Si en octobre 2018, il était demandé de parier sur la candidature de Marin Fayulu à la présidentielle (désormais) du 30 décembre 2018, trop peu auraient été emballés par le bulletin MAFA. Or, après un mois de campagne, le fondateur de l’Écidé s’est imposé comme l’un des favoris à la succession au Palais de la Nation.




Son succès, le député de la Lukunga le doit à l’accord avorté de Genève, en novembre dernier, mais qui l’a propulsé, lui, au-devant la scène. Soutenu par la Coalition Lamuka et deux autres éléphants de l’opposition – l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi et l’ex vice-président de la république Jean Pierre Bemba, tous deux exclus du scrutin – Martin Fayulu, 62 ans, a fait une campagne honorable, marquée notamment par une véritable démonstration de force dans les régions de l’est du pays.

Homme d’affaires, auteur d’une carrière professionnelle alléchante dans le domaine du pétrole, le candidat numéro 4 entend s’appuyer sur cette expérience pour redresser l’économie du pays. Face au défi qu’imposent les ressources naturelles et la convoitise extérieure, Martin Fayulu prône l’intégration régionale. C’est pour lui la solution appropriée pour assurer la paix dans l’est du pays et avec les 9 voisins de la RDC. Mais cette coopération passerait, toutefois, par le principe « gagnant gagnant ». Globalement, Martin Fayulu qui veut voir le Congolais ‘’manger à sa faim’’, place le capital humain au cœur de son programme présidentiel.

Le rêve du Sphinx par le Phoenix…

Face à lui, Martin Fayulu a affaire non seulement au candidat du gouvernement sortant, mais aussi à un Sphinx. Ou, plutôt son fils : Félix Tshisekedi, 55 ans. Héritier biologique et politique du plus grand opposant de l’histoire de la RDC, Félix Tshisekedi est l’un des favoris de l’élection du 30 décembre 2018. Un statut renforcé par le ticket qu’il forme désormais avec l’ancien président de l’assemblée nationale et patron de l’UNC, Vital Kamerhe, dont l’apport, en particulier dans l’est du pays, pourrait être décisif le dimanche 30 décembre 2018.

Comme son père d’opposant historique, Félix Tshisekedi se pose en champion de l’État droit. Il promet la sanction de la loi contre tout le monde, y compris les dirigeants du pays. Dans sa ligne de mire, la corruption et les détournements des deniers public, qui gangrènent notre pays, répète-t-il. Côté économie, Félix promet lui aussi la règle « win-win » susceptible de permettre aux investisseurs de gagner, mais aussi aux Congolais de gagner et vivre mieux. École gratuite, promotion de la femme, service militaire obligatoire pour les jeunes et le renforcement de l’esprit patriotique, sont au cœur du projet de Félix Tshisekedi, qui fait justement de l’unité et la réconciliation des Congolais, une de ses priorités. Le rêve que son père n’a pas accomplir, « Fatshi », entend bien le réaliser.

Alors qui des trois fera battra votre cœur ? Sauf nouvelle surprise, la parole est au peuple !