Par CAS-INFO

Déception. Étonnement. Incompréhension. Les réactions se sont enchainées lundi sur les réseaux sociaux. À l’origine, deux petites bombes venues de Genève et qui ont littéralement explosé l’unité à peine entamée de l’opposition congolaise.

En effet, le rassemblement autour du candidat commun, Martin Fayulu, que sept leaders de l’opposition membres de la coalition Lamuka (Reveillez-vous) avaient choisi de plein gré, et à l’issue d’un vote démocratique, pour affronter le candidat de la majorité Emmanuel Ramazani Shadary le 23 décembre prochain, n’aura tenu que quelques vingt quatre heures seulement. 24 heures chrono. Avant de revenir deux pieds sur terre – sur la manière particulière de faire de la politique en RDC depuis près de 60 ans, à savoir, le retournement permanent des vestes dans le sens des intérêts politiciens.

Alors qu’il venait de jurer, dimanche devant les caméras du monde entier, sans la moindre hésitation, être prêt à retirer sa candidature à la présidentielle du 23 décembre 2018 au profit du candidat Martin Fayulu, le président national de l’UDPS Félix Tshisekedi a surpris lundi en annonçant plutôt le retrait…de sa signature de la déclaration de Genève ayant intronisé le fondateur de l’Écidé, en assurant « réserver sa priorité à sa base ». Quelques minutes plus tard, Vital Kamerhe, l’autre favori à la candidature commune avant l’expédition désormais historique de Genève, emboitait les pas le fils de l’opposant historique, en plaidant lui aussi, vouloir « respecter la volonté de sa base ».

Si l’explosion de la colère des militants de deux principaux partis de l’opposition parmi ceux restés encore dans la course et le ton ferme des ténors de leurs formations politiques sont pour beaucoup dans ce revirement spectaculaire, le rétropédalage, à 360 degré, de « Fatshi » et de « VK », va, c’est certains, laisser des traces. Il risque même, si ce n’est déjà le cas, de porter un coup fatal à l’ensemble de l’opposition et en particulier aux intéressés eux-mêmes lors des prochaines élections.

Le raté a de quoi faire sourire, mais il laisse de nombreuses questions en suspens : que va devenir le candidat commun Fayulu que les deux poids lourds de la coalition viennent purement et simplement de déplumer. Le député de l’Écidé bénéficie encore du soutien de l’ancien ministre des finances, Freddy Matungulu, mais pour combien de temps ? Avec quel impact ? Autre question, que vont faire Jean Pierre Bemba et surtout Moise Katumbi ? Contrait à l’exil depuis 2016, exclu de la présidentielle, l’ancien gouverneur du Katanga devenu farouche opposant au régime de Kinshasa, tente le tout pour le tout pour revenir dans le jeu politique. Le revirement des chefs de file de l’Udps et de l’UNC risque de contrarier un peu plus ses dernières cartouches.

En tout cas, la tragi-comédie de Genève a de quoi fournir des minutions au dauphin de Joseph Kabila et au FCC, qui n’en demandaient pas tant. Car comment confier le pays à des personnes incapables de décider ni de tenir leur parole en l’espace de quelques heures seulement. Emmanuel Shadary ne boudera certainement pas son plaisir de le marteler pendant la prochaine campagne électorale. Au-delà, c’est toute la crédibilité même de l’opposition qui vient peut-être de prendre un sérieux coup.