Par CAS-INFO

On encaisse des coups. On se relève. Et on recommence. C’est en quelque sorte comme cela que se résume la « détermination » de l’Opposition qui cherche à se débarrasser de Joseph Kabila en RDC. Après un appel à marcher, le 30 novembre, qui s’est soldé par un bilan mitigé, le Rassemblement des forces acquises au changement, dirigé par Félix Tshisekedi, appelle de nouveau à la mobilisation le 19 décembre 2017.

Il s’agira cette fois-ci d’une marche de « sommation », explique, dans un communiqué, la coalition qui siège à Limete. Sous-entendu, la population descendra dans la rue en ce jour « magique » du « 19 », pour lancer un dernier avertissement avant l’ « assaut final » contre le maintien du chef de l’État à la tête du pays, au-delà du 31 décembre 2017.



« Libérer notre pays »

Malgré l’absence de résultats probants, le Rassemblement insiste, donc. Il faut dire que, pour Félix Tshisekedi and Co, à part s’accrocher au « peuple », il n’y a pas mille autres solutions. Eux qui sont désormais « battus », oui, c’est le mot, sur tous les autres tableaux : la communauté internationale, qui n’avait d’yeux que pour l’opposition (souvenons-nous de la série de sanctions de l’UE et des États-unis et de communiqués en cascade défavorables au gouvernement) est devenue le chantre acharné du calendrier électoral pourtant décrié par le « Rassop », les multiples tentatives d’obtenir le retour au pays de l’opposant Moïse Katumbi, même en passant par le Comité de droits de l’homme de l’ONU, sont restées impuissantes, et le débat crucial sur la loi électorale se déroule à l’Assemblée nationale sans le groupe de Tshisekedi.

Dans ces conditions, l’opposant Martin Fayulu, arrêté puis relâché lors des manifestations du 30 novembre ne peut qu’accentuer un peu plus la pression sur des Congolais devenus franchement difficiles à envoyer dans la rue. « Peuple congolais, soyons prêt ce mois de décembre car ça doit être le dernier mois pour Kabila. Libérons notre pays du joug de la dictature », a imploré dimanche, sur Twitter, le député de l’Écidé. Pendant que, au même moment, invité à la matinée politique de l’Alternance pour la Republique, le président du Rassemblement faisait valoir un « combat » de tous les Congolais. Celui de « libérer notre pays plein de richesses, de l’esclavage ».

Pourquoi le peuple ?

En insistant sur la carte du « peuple » et de la « rue », l’Opposition sait que c’est le seul pilier qui lui reste à exploiter pour espérer inverser la tendance en sa faveur. En effet, plusieurs études – celle d’Eva Bellin, spécialiste des régimes autoritaristes du Moyen-Orient, notamment – consacrées à l’autoritarisme et les moyens d’en sortir au profit de la démocratie, le démontrent. Sans une mobilisation populaire significative, tout régime qui bénéficie encore de deux éléments suivants – le soutien international et l’appui de l’appareil répressif – restera difficile à ébranler. Deux conditions de survie que remplit clairement, à ce jour, le Pouvoir de Kinshasa, qui compte encore des amis non seulement dans la région, mais aussi en occident, comme viennent de le prouver les derniers rebondissement dans la crise politique que traverse le pays. Tandis que la police se montre ferme jour après jour face aux manifestants.

L’absence d’une société civile, apolitique et bien formée, qui a fait le succès des Burkinabés, des Tunisiens ou encore des Égyptiens, est l’autre facteur qui explique les difficultés du Rassemblement. Partagée entre confessions religieuses fortement politisées, mouvements sociaux pro et anti pouvoir et même entre journalistes de deux obédiences politiques, la société civile congolaise est loin d’être ce catalyseur du peuple sur lequel Limete pouvait aisément s’appuyer. Autrement dit, autant de paramètres que le Rassemblement doit prendre en compte dans son analyse et son combat.