Par Yvon Muya

Quand il reprend la parole publique en janvier 2017 et s’exprime sur la situation politique en RDC, Sindika Dokolo ne savait peut-être pas pas qu’il venait d’attirer les projecteurs sur lui. Ses prises de position et ses tweets « pimentés » contre le régime de Kinshasa, dans la foulée d’une opposition congolaise orpheline d’Etienne Tshisekedi, n’ont pas tardé à faire rêver certains d’un « Barack Obama » congolais.

Mais, très vite, l’homme d’affaires s’empresse d’éteindre l’incendie. Il ne cède pas au chants des sirènes. Non, il n’est pas candidat à la présidentielle. Il n’est qu’un simple « citoyen énervé ».

La colère du fils d’Augustin Dokolo, un des grands barrons du régime de Mobutu, a passé un cap supplémentaire ce jeudi 10 août 2017. Après avoir dénoncé, pêle-mêle mêle, la « volonté » du président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir, critiqué la politique agricole du gouvernement, et les violences au Kasaï responsables de flux massif des réfugiés congolais en Angola, Sindika Dokolo a lancé son mouvement citoyen. « Les Congolais Debout » qui compte déjà 10 mille adhérents en 48 heures, selon ses propre chiffres, a pour objectif, ni plus ni moins, d’obtenir l’alternance au pouvoir « en 2017 ». Autrement dit, de déloger Joseph Kabila dont le second mandat a expiré depuis le 20 décembre 2016.

Un opposant pas comme les autres

Il définit son Mouvement comme apolitique et appelle à l’adhésion de tous les Congolais sans distinction politique, de religion, d’ethnie. Pour autant, « Les Congolais Debout » agace et a même provoqué la colère du Pouvoir qui n’a pas tardé à l’accuser, par le biais du ministre du développement rural, Justin Bitakwira, de « chercher à renverser les institutions ». Des accusations graves qui montrent que Sindika inquiète.

Charmant, riche homme d’affaires, titulaire d’un diplôme en économie et langues étrangères. Celui que l’Afrique et le monde regardent sous son étiquette de collectionneur d’art contemporain, maîtrise également l’autre art, indispensable en politique, celui du discours politique aisé, facile et intelligible. Bref, il parle bien.

Son approche, faire se lever « debout » les Congolais. En allant chercher le Congolais lambda pour l’impliquer dans sa lutte pour l’alternance au pouvoir, Sindika Dokolo tranche avec la routine à laquelle les Congolais étaient jusque-là habitués. C’est-à-dire les manifestations, les opérations villes mortes, le boycott, qui débouchent à chaque fois par le statu quo. 

Mobilisation par le bas

Alors que des manifestations anti-Kabila se préparent dans le pays, à l’approche du 31 décembre 2017, date censée marquer la fin de la transition mise en place à la suite de l’accord de la Saint Sylvestre, « Les Congolais Debout » – qui s’appuie sur un puissant réseau de bénévoles – fait du bouche à oreille. Au travail, dans les quartiers et les téléphones, ils sont partout et sensibilisent. Une mobilisation par le bas, qui a pour avantage de couper toute ressource de contre-attaque à l’adversaire. La stratégie a déjà fait ses preuve ailleurs. En Tunisie, puis en Égypte, lors des mouvements à la base du printemps arabe. Ou encore plus loin dans l’histoire, en Afrique du Sud d’apartheid qui a vu, dans les années 1970, une mobilisation ouvrière propulser au devant de la scène un certain Nelson Mandela.

Habituellement réservée aux mouvements sociaux, la méthode Sindika bouscule les codes de l’opposition politique anti-Kabila telle. Jusqu’où ira-t-il ?