En choisissant de reporter les élections dans le but de baisser la tension, le Pouvoir, qui agit, selon l’opposition, par le biais de la Ceni, a-t-il réussi son pari ? Le député Claudel André Lubaya répond à cette question et il estime que c’est le contraire qui est, plutôt, en train de se produire. Le président de l’UDA Originelle, qui prône la reddition du régime, analyse la dernière tactique de Joseph Kabila et livre les clés pour comprendre les conditions de ce qu’il considère comme l’échec de l’ultime stratégie du camp présidentiel.

Par Claudel-André Lubaya
Député national
Président de l’UDA Originelle

Report annoncé des élections 2017 : Le pouvoir a creusé sa propre tombe

Sonnant comme une déclaration de guerre et un défi lancé au peuple congolais, le report des élections, annoncé avec arrogance à partir d’un pays étranger (quid des ingérences!)et destiné à la consommation d’un public étranger (quel mépris pour le peuple congolais!) continue à défrayer la chronique. Depuis cette annonce, une poussée de fièvre monte au sein de la population qui tient, au plus tard à la fin de cette année, à en finir avec un pouvoir autocratique qui excelle dans les excès et abus de tout genre et qui a démontré sa capacité de nuisance et sa détermination à maintenir tout un peuple dans une immense et permanente angoisse.

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En annonçant unilatéralement le report des élections, le pouvoir, par la voix du Président de la CENI, a commis une erreur ultime, la dernière qui était attendue de sa part. Épié de longue date, ses propos et gestes passés au peigne fin par le peuple souverain, le Président de la CENI vient de prouver à la face du monde qu’il est la personne clé du dispositif de maintien au pouvoir de l’actuel Président de la République. C’est lui le dernier verrou par lequel le régime empêche et éloigne toute possibilité d’élections en RDC. Par sa déclaration, il a clairement dévoilé ses accointances, ses connivences et sa complicité avec le pouvoir en place auquel il reste notoirement inféodé. Il aura prouvé à ceux qui pouvaient encore douter, sa farouche détermination à user et à abuser de sa position pour imposer le statu quo au peuple congolais fortement paupérisé en bloquant, par tous les moyens et toutes sortes d’astuces, le processus électoral. De ce fait, par lui, avec lui et grâce à lui, l’actuel Président de la République, qui a déjà totalement épuisé et largement dépassé son second et dernier mandat à la tête du pays et qui baigne dans l’illégitimité, peut espérer demeurer indéfiniment au pouvoir, rassuré du fait que grâce à la présence et à l’action de son pion stratégique à la tête de la CENI, il n’y aura jamais élection, surtout l’élection présidentielle pour laquelle la Constitution lui interdit de se porter candidat, une fois de plus.

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L’annonce du report des élections est une erreur tactique. Elle intervient à la suite du message des évêques membres de la CENCO, appelant le peuple congolais à prendre conscience de la gravité indiscutable de la situation dans laquelle le pays est plongé. Elle intervient également au lendemain d’une «escale présidentielle» à Kisangani où l’actuel locataire du palais de la nation avait conféré avec le président de la CENCO sur les élections. Même si rien n’avait filtré de cette rencontre, l’opinion a néanmoins noté qu’il avait été question des élections, celles tant attendues au plus tard en décembre 2017, celles que le pouvoir de Kinshasa tient mordicus à ne pas laisser s’organiser. Avec l’annonce faite à Paris, les évêques ont épuisé toute la réserve de confiance qui leur restait. Tactiquement, le passage à Kisangani avait pour but de calmer la tempête qu’allait soulever l’annonce du report. Peine perdue. Là encore, le peuple n’est plus dupe, il n’est pas non plus vaincu. Il sait d’où vient son malheur. La tactique a échoué.

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L’annonce du report des élections est, enfin, une erreur fatale pour le régime. Elle met à nu ses réelles intentions à savoir, confisquer et exercer le pouvoir le plus longtemps possible. Abusivement par voie de droit (arrêt de la Cour constitutionnelle, saisie en interprétation de l’article 70 de la Constitution) ou par l’instrumentalisation de la CENI, l’actuel locataire du palais de la nation n’éprouve aucune nécessité de quitter le pouvoir pour se conformer à la constitution, aux lois de la République et à l’accord du 31 décembre 2016. Dans sa dernière interview à Jeune Afrique, son Ministre des affaires étrangères l’a bien résumé : «le chef de l’État ne peut quitter le pouvoir que s’il a un successeur élu, le jour où il y aura les élections, il en tirera les conséquences». Tout est dit. Comment peut-il avoir un successeur élu, même dans ses propres rangs, aussi longtemps qu’il ne semble pas pressé de se choisir un dauphin? Comment aura-t-il un successeur élu dès lors qu’il n’est manifestement pas disposé à concéder la tenue des élections? Comment aura-t-il un successeur si lui-même n’a aucune intention de quitter le pouvoir? Le report annoncé, qui renvoie la tenue des élections vers les années 2050, 2090 ou encore 2100, confirme les propos du ministre des affaires étrangères.

Loin de conforter même le camp du pouvoir, qui par ce fait s’est auto flagellé en créant les conditions de sa propre chute, le report des élections est une erreur fatale que ce dernier vient de commettre. Outre qu’il plonge le pays, qui va déjà très mal, dans un nouveau cycle d’incertitudes aux conséquences politiques, sécuritaires, économiques et sociales fort imprévisibles, il affaiblit davantage le pouvoir qui devient, de ce fait, de plus en plus illégitime, de plus en plus impopulaire et complètement isolé au niveau international. Si en 2016 les kabilistes avaient réussi à faire baisser la pression en se mettant, en dernière minute, autour de la table des négociations avec l’opposition, sous l’égide de la CENCO et la pression de la communauté internationale, cette fois-ci, plus rien ne plaide en faveur de nouveaux conciliabules. L’exaspération est à son comble, le peuple fulmine de colère. Avec un régime capable de rouler tout le monde, y compris les médiateurs choisis par lui-même, aucune nouvelle négociation n’est envisageable. Seule sa reddition sans condition demeure l’unique voie de sortie avant l’échéance du 31 décembre 2017.

En définitive, le flou savamment entretenu par Kinshasa sur la tenue ou non des élections le place dans une posture peu enviable, celle d’un «coup d’État permanent», comme l’écrivait François Mitterrand. Faute d’agenda électoral précis et de perspectives claires, le report des élections constitue tout simplement un coup d’État constitutionnel qui appelle, de la part des démocrates et des progressistes, en communion avec le peuple, à se mettre debout, dans un sursaut patriotique, pour y faire échec et ce, conformément aux prescrits de l’article 64 de la Constitution. Debout, Congolais, dressons nos fronts, le pays va mal!