En République Démocratique du Congo, ce qui n’était jusqu’ici que spéculations et déclarations officieuses est maintenant officiel. L’organisation des élections présidentielle et législatives sera impossible en 2017, a annoncé le président de la Ceni Corneille Nangaa vendredi à Paris lors d’une séance d’évaluation du processus électoral avec les experts de l’Organisation internationale de la francophonie, a apporté l’AFP à plusieurs médias.

Cette annonce sans surprise intervient dans un contexte tendu, crée par multiplies tergiversations de la commission électorale à publier un calendrier électoral officiel clair. Mais surtout par la mise en œuvre contestée de l’accord de la Saint Sylvestre conclu entre le Pouvoir et le Rassemblement le 31 décembre 2016 sous la médiation de la Cenco.

Face à la lenteur observée dans le processus électoral et devant une situation politique, économique et sécuritaire qui se détériore jour après jour, les évêques catholiques ont, eux-mêmes, haussé le ton dans un message cinglant publié le 23 juin dernier et dans lequel ils ont vertement mis en cause le Pouvoir avant de réclamer l’organisation des élections avant la fin de l’année tout en brandissant la menace des manifestations « pacifiques ».

« Mobiliser les congolais pour le départ de Kabila »

Alors, l’annonce de Corneille Nangaa participe-t-elle à la volonté de calmer le jeu ? En tout cas dans les rangs de l’opposition, le ton est encore monté d’un cran. À l’image de la Dynamique de l’opposition. Le président de ce regroupement politique membre du Rassemblement, Martin Fayulu, compte, lui, aller déjà en campagne contre le maintien du chef de l’État au de la du 31 décembre 2017. « La Dynamique va intensifier sa présence sur le terrain afin de mobiliser davantage les Congolais pour obtenir le départ du [président] Kabila cette année », a déclaré vendredi le président de l’ECidé.

Une position radicale que le tout nouvel opposant Sindika Dokolo a tout de même tempérée dans la journée. L’homme d’affaires proche du candidat du G7 à la présidentielle Moïse Katumbi préconise en effet qu’« un plus large consensus autour du départ [du chef de l’État] avant 2018 était la clé ». En appelant toutefois « chacun » à faire le choix en 2017 « entre Kabila ou la RDC », a tweeté l’opposant.

La Cenco joue l’apaisement

Si, l’position (en tout cas le Rassemblement et la Dynamique) veut en découdre avec le chef de l’État, l’église catholique a décidé de mettre un peu d’eau dans son vin. Pour l’instant. « Tout le monde parle élections, mais je crois que le président de la république, à son niveau, aussi, n’a cessé de dire qu’il y aura les élections », a déclaré le président de la Cenco Mgr Utembi reçu mercredi par Joseph Kabila sur ses terres de Kisangani.

Autre motif de soulagement pour le gouvernement, le ton conciliant adopté jeudi par l’Union européenne. Si l’UE maintient ses sanctions contre des proches du chef de l’État, elle se dit en revanche disposée à appuyer le processus électoral. Mais seulement « à partir de la définition du calendrier électoral », a insisté mercredi la haute représentante de l’Union européenne Federica Mogherini.

Entre un étau qui se resserre et se desserre en même temps, Corneille Nangaa n’a pas beaucoup de temps pour rendre publique sa feuille de route électorale.