Les poursuites judiciaires lancées par la Belgique contre le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba pour des faits qui remontent du temps du Rassemblement des Congolais pour la démocratie (RCD), permet aussi de mettre en évidence une réalité : celle de la « colonie » d’ex membres du RCD qui restent au pouvoir au fil des années. Au Gouvernement, dans la sécurité, mais aussi dans l’administration, la vague RCD plane sur la scène congolaise et ne laisse que des miettes aux autres. Revue de la situation…

À tout seigneur tout honneur. Il y a d’abord, Alexis Thambwe Mwamba. Après un bref exil à Bruxelles, à l’entrée de l’AFDL en Mai 1997, l’ancien ministre de Mobutu rejoint la rébellion du RCD qui commence en Août 1998, y occupe les fonctions de chargé des relations extérieures, avant de rompre avec le mouvement rebelle pro rwandais et de rejoindre le MLC et Jean Pierre Bemba. Commence alors, à la suite des accords de Sun City, une série des portefeuilles. Ministre du Plan dans le Gouvernement de Transition en 2003, député de Kindu, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Muzito en 2008. Remplacé en 2012, il revient à la tête de la justice depuis 2014 jusqu’à ce jour. Classé dans le fameux « C6 » de Joseph Kabila, Alexis Thambwe Mwamba fait partie des membres influents du régime. Son activisme dans la « traque » de l’opposant Moïse Katumbi marquera l’histoire de la fin mouvementée du second mandat du chef de l’État.




Lambert Mende, l’homme à tout faire

Lorsque les sanctions de l’Union européenne tombent le 30 mai 2017, et que pour la première fois, il est ciblé, Lambert Mende apprend qu’il a été sanctionné pour avoir fait éloge de la répression de l’opposition par les forces de sécurité. Lui qui ne commande ni troupes, ni, ne dirige un appareil répressif régalien. Pourtant, avec sa simple parole, le porte-parole du Gouvernement symbolise les « durs » du régime. Et ça fait longtemps que ça dur. L’art de communiquer. Lambert Mende en fait profiter au RCD qu’il rejoint le 26 Janvier 1999. La rébellion le place alors à la tête du département de l’information et presse. En porte à faux avec les leaders du mouvement, Mende rejoint le RCD/KML de Mbusa Nyamwisi en 2002. Sous cette étiquette, il est désigné sénateur pendant la transition, avant d’enchainer les titres de vice premier ministre et ministre des hydrocarbures jusqu’en 2008 où il devient l’inamovible ministre de la communication. L’homme à tout faire. Véritable porte-voix d’un régime dont la communication tâtonnait jusqu’à son arrivée dans les bâtiments de la RTNC 2.




Maitriser la communication. Un rôle que KKM pouvait bien disputer à Lambert Mende. Lui qui a tenu le ministère de l’information dans les dernières heures du régime de Mobutu. Passé par le RCD après la fuite du Maréchal, Truphon Kin Kiey Mulumba se sépare aussitôt de la rébellion, en réaction, selon Jeune Afrique, à un massacre des policiers à Kisangani. Député de Masimanimba, il occupe le portefeuille des Télécommunications. Puis, celui chargé des Relations avec le Parlement. C’est ici, en 2015, en pleine crise, qu’il provoque un tollé en prenant ouvertement position, et le premier au sein de la MP, en faveur du maintien de Joseph Kabila au pouvoir. Malgré l’interdiction par la constitution.

Des figures influentes de la 3e république

Ex patron de Lambert Mende au sein du RCD KML, Antipas Mbusa Nyamwisi, qui a, en même temps co-fondé le RCD, marquera la transition 1+4 à la tête de la coopération régionale. Avant de se voir bombardé ministre des affaires étrangères après les élections de 2006 où il venait d’appeler à voter pour Joseph Kabila.




Outre Azarias Ruberwa, revenu aux affaires en tant que ministre d’État chargé de la réforme institutionnelle après avoir été l’un des puissants vice-présidents de la République, dans l’armée, l’administration publique et au Parlement, les ex RCD se maintiennent et restent influents. Gabriel Amisi, Ruhombere, Rugwiza, Obed, Bisengimana ou encore Moïse Nyarugabo…Ils sont passés par l’une des grandes rébellions de la guerre dite d’agression.