C’est assez rare pour être signalé. Joseph Kabila termine la semaine avec le sourire. Au bout 7 jours d’intenses activités politiques et diplomatiques, Kinshasa a enregistré des bons points. On fait le compte.

« La bataille diplomatique menée sur terrain depuis 6 mois a permis aux partenaires de comprendre la réalité ». À l’annonce du résultat du vote vendredi au Conseil des Droits de l’Homme à Genève, la ministre des Droits Humains Marie-Ange Mushobekwa n’a pas boudé son plaisir de savourer ce que son gouvernement a tout de suite présenté comme une victoire diplomatique. Et comment pouvait-il en être autrement, alors que tous les regards étaient tournés vers Genève, dans l’attente d’un nouveau camouflet pour Kinshasa.

L’Angola fait bloc pour la RDC

Après l’ultimatum du Haut-commissaire aux Droits de l’Homme Zeid Al-Hussein le 6 juin dernier accordant 48 heures au gouvernement congolais pour prendre des dispositions en vue de mettre en place une commission d’enquête sur les violences au Kasaï, une nouvelle « gifle » de la communauté internationale n’était plus si loin des autorités congolaises. Chose, que la RDC a évité, du moins en théorie, elle dont les délégués se sont présenté à Genève chargés de sanctions de l’Union européenne et des États-Unis, prises fin mai et début juin 2017 contre des proches du chef de l’État.




Mai en lieu et place d’une commission d’enquête indépendante, aux conséquences redoutées par le Pouvoir, les experts de l’ONU enquêteront, finalement, au Kasaï, sous le contrôle du gouvernement, auquel, ils remettront en plus leurs résultats. Comme il le souhaitait, Kinshasa garde la main. Une victoire diplomatique que la RDC doit aux pays africains dont…l’Angola. Pourtant moins tendre ces dernières semaines avec le gouvernement congolais en raison justement de la situation au Kasaï, Loanda et les autres africains ont fait bloc contre tout autre résolution susceptible de porter atteinte à la souveraineté de la RDC. S’alignant ainsi sur la position congolaise. Au grand dam des ONG et de la Lucha.

La double nationalité qui douche Katumbi

La résolution plutôt limitée, du Conseil des droits de l’Homme sur le Kasaï n’est pas la seule bonne nouvelle pour le régime de Joseph Kabila. Elle constitue le second motif de satisfaction pour la présidence de la république et sa majorité en l’espace d’une semaine. Après l’opération de « gâchage » de la fête de l’opposant Moïse Katumbi menée « machiavéliquement » par le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba.




En exil depuis plus d’un an, le principal opposant à Joseph Kabila venait de décrocher une réponse importante du Comité des droits de l’Homme de l’ONU recommandant aux autorités congolaises de « prendre des dispositions » nécessaires afin de permettre son retour au pays en homme libre et sa participation à la présidentielle. Un éclairci dans le dossier judiciaire qui ouvrait la voie à un retour triomphal comme l’ancien gouverneur du Katanga sait bien le faire. Et synonyme d’un pied de nez à la justice congolaise. Mais c’était sans compter avec la dernière cartouche que gardait encore Alexis Thambwe Mwamba : la double nationalité.

Conférence de presse à Genève lundi, interview à Rfi mardi, puis sur Tv5 mercredi, le garde des sceaux a saturé les médias pour expliquer au monde entier que l’empêchement à venir de la candidature de Moïse Katumbi à la présidentielle ne sera pas dû aux « ennuis judicaires » de l’opposant, mais à sa double nationale présumée. « D’après les informations à la disposition de l’administration, Moïse Katumbi dispose de la nationalité italienne », a bombardé le ministre en brandissant l’article 10 de la constitution qui consacre le caractère exclusif de la nationalité congolaise et donc, écarterait, dans les conditions actuelles, le candidat du G7 de la course présidentielle.

Conséquence, Thambwe Mwamba, dont l’« affaire du RCD » avait pourtant fragilisé encore un peu plus le pouvoir, a réussi à porter 3 coups à leurs adversaires : 1) replacer les opposants à la défensive (objectif atteint au vu des réactions qui se sont déchaînées), 2) doucher le retour censé être fondateur de la campagne de Katumbi (Moïse Katumbi entend faire de ce retour un événement politique important) et semer le doute dans l’opinion (les graves révélations sur la double nationalité laissent toujours des traces, quelque soit leur nature).

Malmené par la communauté internationale, Joseph Kabila qui va boucler cette séquence dimanche chez le grand allié sud africain Jacob Zuma n’avait plus enregistré d’aussi bons moments politiques depuis de longs mois. Même si le plus dur reste devant : le 31 décembre 2017 qui approche à grand pas et la contestation qui recommence à monter.