On ne les a pas beaucoup entendus. Ils n’ont pas assez commenté les derniers développements de la crise politique marqués notamment par la signature des arrangements particuliers de l’accord du 31 décembre 2016. Pourtant, le Rassemblement travaille. Lundi, le Conseil des sages de la principale coalition de l’opposition s’est réuni à Bruxelles. Autour de la table, l’ancien gouverneur de l’ex Katanga Moïse Katumbi, le président politique de la plateforme Félix Tshisekedi, le vice président du G7 Olivier Kamitatu ou encore l’ancien ministre du budget François Mwamba. Bref, avec Martin Fayulu resté à Kinshasa, ce qui reste d’essentiel de l’opposition au régime de Joseph Kabila.

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Malmené par le « tripatouillage » des dispositions de l’accord de la Saint Sylvestre, bousculé par les défections en série. Alors que le temps file – à 7 mois de l’échéance fixée par le compromis politique en vue de la présidentielle – et alors que les craintes de voir le chef de l’État marcher sur l’accord se font de plus en plus pressantes, comment le Rassemblement peut-il rebondir ?

Vers une remobilisation de la population

Difficile de savoir ce qui se trame entre Moïse Katumbi et ses amis. Il faut, en revanche, suivre la conférence de presse de Delly Sesanga et Christophe Lutundula dimanche dans la capitale belge face à la diaspora congolaise pour se rendre compte que l’opposition dite radicale ne rend pas les armes. C’est au peuple qu’elle semble de nouveau vouloir se retourner.

« Il faut que les Congolais continuent à exiger l’application de cet accord […] Qu’ils continuent à se mobiliser, il ne faut pas se désengager », a exhorté le coordonnateur de l’Alternance pour la République. Pour Delly Sesanga, le seul moyen pour la communauté internationale de rester mobilisée c’est lorsque le peuple le sera davantage. Alors, s’achemine-t-on vers des nouvelles manifestations populaires ?

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Alors que la rue ne se mobilise plus ou peu, l’équation semble compliquée pour le Rassemblement. Celui-ci s’expose, en effet, au procès de l’impopularité dans lequel le pouvoir peut bien s’engouffrer pour tenter d’imposer sa logique de résolution de la crise. Mais, il n’est pas question pour autant, pour l’opposition non signataire de l’« arrangement particulier », de s’écarter d’une solution pacifique. « Elle est encore possible », croit encore Delly Sesanga. Lui qui a fait la guerre dans les rangs du MLC de Jean Bemba ne souhaite plus ce « piège » au pays.

Le Rassemblement sait en effet que le levier Communauté internationale demeure son atout. Fort de la résolution 2348 du Conseil de sécurité de lONU, le groupe de Félix Tshisekedi sait que les prochaines semaines devront agiter les milieux diplomatiques en sa faveur. Trois facteurs l’y encouragent :

Premièrement, les bons offices de la Monusco. Si le représentant du secrétaire général des Nations unies, Maman Sidikou, que la « 2348 » recommande d’accompagner la mise en œuvre de l’accord, a « pris acte » de la signature des « arrangements particuliers », il n’a pas, en revanche, oublié d’appeler à une grande « inclusivité ». Le diplomate nigérien a même insisté sur la tenue des élections à la fin de l’année.

En deuxième lieu, malgré ses tergiversations, la Commission électorale nationale indépendante, également citée dans la résolution de l’ONU, ne se dérobera pas indéfiniment. « D’ici Juillet, elle doit avoir apprêté le fichier électoral révisé », prévient le député de Luiza. Ce qui implique la publication, à cette échéance, d’un calendrier électoral.

Enfin, selon les recommandations du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres est censé faire le suivi de la mise en œuvre de la résolution, en personne, en se rendant à Kinshasa autour du 30 Septembre. Ce qui n’est pas rien en termes de signal diplomatique fort dans un pays où viennent d’être assassinés deux employés des Nations unies.

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Pour toutes ces raisons, le Rassemblement peut encore croire dans ses chances d’empêcher les « manoeuvres » de confiscation du pouvoir. C’est peut-être pour cela que la plateforme née à Genval fait évoluer son discours en mettant le cap sur la présidentielle.

Alors que depuis Kinshasa, Martin Fayulu, candidat déclaré à la magistrature suprême, développait son projet d’« investir dans le citoyen pour développer la RDC », à Bruxelles, Lutundula et Sesanga pilonnaient la « triple faillite politique, économique et sécuritaire » du régime Kabila qui est une menace à la stabilité du pays. Tel un slogan de campagne que les « Rassemblés » s’apprêteraient à lancer face à la machine Kabila.