Et de 3. Le service de communication du ministre des Affaires étrangères a envoyé une nouvelle carte postale mardi. Une troisième de rang. Montrant Léonard She Okitundu et sa délégation reçus dans le luxueux salon du Palais présidentiel de N’jamena.

Les clichés envoyés à la rédaction de CAS-INFO sont accompagnés du même message que lors de la dernière visite de la même équipe chez Ali Bongo au Gabon et chez Teodoro Obiang Nguema en Guinée Équatoriale : « le chef de la diplomatie congolaise a remis en main propre la lettre du chef de l’État Joseph Kabila à son homologue tchadien Idriss Déby Itno, président sortant de l’UA et membre de la troïka de la Communauté Économique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), précise le communiqué.

Ali Bongo, au pouvoir depuis 1967 (les années de son père Omar décédé en juin 2009 comprises), Obiang Nguema (38 ans au pouvoir) et Idriss Déby, en poste depuis le coup d’État de 1990, les destinations choisies par les stratèges du régime en place à Kinshasa et la (sur) communication qui en est faite ne sont pas un hasard. Ces déplacements interviennent dans un contexte particulier des turbulences diplomatiques : résolution 2348 du conseil de sécurité défavorable, nomination du nouveau Premier ministre Bruno Tshibala qui passe mal à Paris, Bruxelles et Washington. Turbulences dont le pilote Joseph Kabila tente de sortir par les moyens qui lui sont propres.

Des « amis » qui règnent sans partage

Chez Bongo, Obiang Nguema et Déby, les messagers de Joseph Kabila sont allés voir des amis. Ceux qui, au moment où Kinshasa en avait besoin, ont su prendre sa défense. À l’instar du président du Tchad :

«Il y a quelques mois, tout le monde tirait à boulets rouges sur Joseph Kabila, soupçonné de vouloir violer la Constitution. J’ai rencontré Kabila pour la dernière fois en octobre 2016 à Luanda et je lui ai posé la question. Il m’a dit ceci : « Je ne toucherai pas à la Constitution, je ne la modifierai pas. Mais si j’annonçais aujourd’hui que je ne me représenterai pas, alors la RD Congo entrerait dans un cycle de violence entre les différents candidats à ma succession. J’attendrai donc le moment opportun », déclarait Idris Déby en février dernier à Jeune Afrique. Alors qu’il terminait son mandat à la présidence de l’Union Africaine.


Joseph Kabila raccompagné par Idriss Déby à l’aéroport international de Ndj’amena

En comptant « ses amis », le pouvoir congolais entend ainsi casser l’image de l’isolement diplomatique lui imposé par les velléités « impérialistes », C’est l’expression utilisée désormais par la rhétorique « nationaliste » revenue en force dans les médias officiels et privés proches du pouvoir.

Alors que Joseph Kabila a réitéré solennellement devant le Congrès le 5 avril dernier sa détérmination de conduire le pays aux élections (la Majorité s’y prépare d’ailleurs), le choix d’exposer le soutien des chefs d’État dont l’image est peu glorieuse sur le continent risque de trahir cet engagement. À N’djamema et Malabo, Déby et Obiang règnent sans partage depuis de nombreuse décennies. Tandis qu’à Libreville, réélu de façon poussive en Août 2016, Ali Bongo reste contesté par le principal parti de l’opposition.

Laquelle de deux recettes sera servie aux Congolais ?