Alors que la crise politique s’éternise en République Démocratique du Congo, le pays risque désormais de se retrouver face à une autre crise, sociale cette fois-ci, dont personne ne peut mesurer les conséquences.

Dans un préavis de grève déposé sur la table du Premier ministre Samy Badibanga, deux principales organisations syndicales, l’Intersyndicale nationale du Congo et la Dynamique des regroupements socio-professionnels menacent de paralyser le pays si d’ici début Avril aucune solution n’est trouvée en termes de pouvoir d’achat.

Il faut dire que le tableau socio-économique brossé par les syndicats n’est pas reluisant : le pouvoir d’achat réduit de moitié, le taux de change qui n’arrête pas de flamber avec des conséquences sur le Smig, le salaire minimum interprofessionnel, le salaire moyen d’un fonctionnaire chiffré à moins de 50 dollars, etc. Bref, des conditions qui ne peuvent pas permettre au travailleur Congolais de boucler normalement les fins de mois.

Une épine dans le pied du gouvernement

Pour le gouvernement, c’est un piège de plus. Une épine dans un pied déjà débordé des problèmes : crise de légitimité, milices locales, notamment le phénomène Kamwina Nsapu au Kasaï « qui prend des proportions inquiétantes », de l’analyse même du président de la Cenco, Mgr Marcel Utembi mardi dernier devant le conseil de sécurité de l’ONU.

Plus inquiétant encore pour les autorités congolaises, en cas de grève, ce n’est pas seulement les quelques milliers des fonctionnaires qui seront concernés. Mais bien au-delà, dans un pays où la majeure partie de la population vit au « taux du jour ».

S’exposer à un conflit social dans un contexte politique déjà fragile est sans doute le risque que les autorités congolaises n’ont pas envie de prendre en ce moment d’incertitude.

Touchée par la chute durable des cours des matières premières comme bon nombre des pays dont l’économie repose sur les ressources naturelles, la RDC n’a pas de solution miracle. Avec un budget chiffré en dessous de 5 Milliards de dollars, le gouvernement Badibanga dont la priorité est d’organiser les élections à la fin de l’année n’a pas vraiment de marge de manœuvre pour affronter une crise sociale d’une grande ampleur.

Il lui appartient de trouver les mots qui conviennent pour éviter que l’incendie social n’embrase encore un peu plus la case RDC.