Après la disparition du leader historique de l’opposition Étienne Tshisekedi, une préoccupation s’est vite exprimée. Qui pour le remplacer ? Avec le décès quelques jours au paravent de l’ancien ministre Charles Mwando Nsimba, un autre patriarche et potentiel successeur, la question se posait davantage avec acuité. Or, le jeudi 2 Février 2017, un mois après la mort du Sphinx de Limete à Bruxelles, le Rassemblement a décidé de porter à sa tête l’ancien ministre Pierre Lumbi [Une élection aujourd’hui contestée par une frange de la coalition]

Un ancien bras droit du chef de l’État, opposant seulement d’hier…Dans l’arène impitoyable kinoise, les qualifications n’ont pas tardé pour jeter le doute sur un homme censé aller au combat contre le régime qu’il a servi il y a à peine quelques mois.

Pourtant…

Pourtant, Pierre Lumbi est de tous les combats pour l’instauration de la démocratie en RDC. II est surtout l’homme des « lettres », rappelle un journaliste qui le suit depuis des années. Les lettres… celle d’abord que le militant des droits de l’homme Lumbi alors membre du CALCC, une association catholique de la société civile, co-signe, en 1992, en pleines tourmentes politiques, avec François Kandolo, porte étendard du mouvement des revendications des étudiants de Lovanium des années 1969. Le lendemain, les chrétiens sont dans la rue pour exiger la réouverture de la Conférence nationale souveraine fermée par le régime Mobutu. La marche est réprimée dans le sang.

Les chrétiens catholiques dans la rue pour réclamer la réouverture de la CNS – 1992.

Lumbi écrit à Kabila

23 ans plus tard, Pierre Lumbi qui a, dans l’entre-temps, occupé plusieurs portefeuilles ministériels, Affaires étrangères, Télécommunications, Travaux publics, jusqu’à se hisser au poste stratégique de Conseiller spécial de Joseph Kabila…, récidive.

Septembre 2015, les soupçons sur la volonté du chef de l’État de se maintenir au pouvoir s’accentuent. Lumbi co-signe avec d’autres frondeurs une lettre appelant le président de la République à respecter la Constitution. Révoqué, il est, avec, Katumbi, Kamitatu, Mwando et Endundo déclarés « auto exclus » de la Majorité Présidentielle. C’est le début d’une lutte qui va le rapprocher d’Etienne Tshisekedi dont le chemin s’était déjà croisé dans les années troubles 1990.

Depuis un an et demi, c’est un opposant discret, mais déterminé à barrer la route au projet de ses anciens amis de maintenir le chef de l’État au pouvoir ad vitae aeternam.

Décidément, homme « des lettres ». En plein doute sur la lettre « testament » laissée par Etienne Tshisekedi et dans laquelle le Sphinx de Limete aurait désigné un Premier ministre, Lumbi monte au créneau et confirme l’existence de la missive. Son intervention démonte les démentis du camp présidentiel.

S’il est contesté à l’intérieur de la Mosaïque Rassemblement, Pierre Lumbi apparait comme le scenario le plus redoutable pour le pouvoir congolais à la tête de l’opposition.