Par CAS-INFO

« En RDC, un président élu ne quitte son poste qu’à l’installation d’un autre président élu. Ils le savent. Toute cette agitation, c’est juste pour montrer à l’opinion qu’ils existent… ». Au lendemain de la publication du calendrier électoral, qui déchaine tant de passion en RDC, Lambert Mende n’a pas boudé son plaisir de voir ainsi le vent tourner très clairement et pour la première fois depuis longtemps, en faveur de son camp. Interrogé par France 24, le porte-parole du Gouvernement a renvoyé pour la nième fois les opposants – qui réclament une transition sans Kabila – à la Constitution. En face, comme si elle avait reçu un coup de massue, l’Opposition cherche difficilement un angle d’attaque pour rebondir. 48 heures après le renvoi des élections en toute fin de 2018, l’Opposition congolaise a-t-elle déjà perdu ?




Quelques tweets, quelques déclarations dans les médias. Puis, c’est tout. C’est ainsi que se résume la réponse de l’Opposition congolaise extra-institutionnelle, au lendemain de la publication du calendrier électoral, le dimanche 5 novembre 2017, par la CENI. Une bien faible réaction et un signe de fébrilité, face à la machine MP, qui a dominé de la tête aux pieds un weekend politique, où tout vient, peut-être, de se jouer.

La transition « sans Kabila » les divise

Alors que les partisans du Rassemblement, de l’UNC et du MLC attendaient un « tremblement de terre » du côté du siège du G7, où les principaux partis de l’Opposition devaient publier une déclaration commune, c’est un report sine die de ce rendez-vous qui leur est servi. Raison évoquée, l’absence de Félix Tshisekedi de la capitale, a informé à la presse, le porte-parole de l’UDPS, Augustin Kabuya. Quelques minutes plus tard, Vital Kamerhe s’excusait à son tour, après avoir donné « mandat et pouvoir » à Baudouin Mayo de le « représenter aux réunions de l’Opposition pendant son absence du pays », a écrit, le président de l’UNC, aperçu quelques heures plus tard, en Afrique du Sud.


Si ce n’est pas un dysfonctionnement en termes de communication, cela envoie bien l’image d’une Opposition en ordre dispersée face à une situation qui semble de plus en plus échapper à son contrôle. Il y a surtout l’incapacité des leaders de l’Opposition à se mettre d’accord sur une position commune quant à l’approche à adopter dans les semaines à venir. Entre le MLC ou certains des cadres du parti de Jean Pierre Bemba, Fidèle Babala, en tête, qui rejettent toute idée d’une transition sans Joseph Kabila, le Rassemblement qui y est favorable, et l’UNC dont la position officielle reste inconnue, c’est une vraie tour de Babel qui menace de faire écrouler l’édifice Opposition.

La communauté internationale baisse d’un ton

Et comme les divergences ne viennent jamais seules, les derniers rebondissements dans cette séquence politique décisive ont vu la Communauté internationale pourtant habituée à prendre parti pour l’Opposition, se positionner en faveur du calendrier électoral. Promettant, à l’image des États-Unis, de tout mettre en œuvre pour « le faire respecter » ou appelant par le biais de la France, « au dialogue et au rejet de tout recours à la violence ». Autrement dit, une mise en garde nette et claire contre tout projet d’aller « dans les rues » réitéré, encore, lundi, par l’Ecidé Martin Fayulu.

Alors que le temps file, et que la CENI assortit son calendrier, déjà contesté, des contraintes, le bruit des casseroles, de Sindika Dokolo, suffira-t-il à bouger Joseph Kabila de son fauteuil ? Si elle ne veut pas voir ce 23 décembre 2018 se transformer en une éternité, l’Opposition congolaise a intérêt à retrouver son âme. Et, au plus vite.