Par CAS-INFO

Dans son rapport intitulé « Mission spéciale », Recrutement de rebelles du M23 pour réprimer les manifestations en Republique Démocratique du Congo, publié le lundi 4 novembre 2017, l’Organisation de défense de droits de l’Homme, Human Rights Watch, accuse le gouvernement congolais d’avoir procédé au recrutement d’ex combattants de l’ex mouvement rebelle, M23, afin de « protéger Kabila et d’aider à étouffer les manifestations anti-Kabila ».

« […] Les combattants du M23 ont été déployés dans la capitale, Kinshasa, et dans les villes de Goma et de Lubumbashi dans l’est et le sud du pays », explique l’ONG.




Dans l’histoire trouble du pays, ce n’est pas la première fois qu’un acteur politique majeur de la crise fait recours à des forces qui ne sont pas membres de l’armée régulière pour protéger ou conquérir le pouvoir.

Tout commence depuis le commencement. Lorsqu’en 1960 un coup d’État auquel participe Mobutu met fin au gouvernement Lumumba. Mais celui qui n’est que colonel dans l’armée congolaise doit se contenter d’un rôle militaire pendant que Joseph Kasavubu, président de la république, nomme en 1964, Moïse Tshombe au poste de Premier ministre. Mais, alors que les relations entre le chef de l’État et le chef du gouvernement ne cessent de se détériorer, Mobutu fait intervenir des mercenaires et s’empare du pouvoir le 24 novembre 1965.

Le contexte est déjà pourtant explosif pour le véritable homme fort de l’armée. Confronté aux députés contestataires fidèles à Lumumba, assassiné 4 ans plus tôt, Mobutu, devait, en plus, faire face à l’insurrection déclenchée par Pierre Mulele dans l’Ouest du pays en avril 1964. La liste des soulèvements qui encerclent le nouveau pouvoir vient de se prolonger avec les rebellions qui se déclarent en cascade dans Sud et de l’Est du pays.

Pour faire face à l’insurrection, Mobutu recrute des mercenaires étrangers, des Belges, des Sud-Africains, mais aussi des Katangais tout juste revenus d’un autre terrain de guerre, en Angola.

Le recours aux ex combattants du M23, s’il était confirmé, s’inscrirait donc dans cette volonté d’utiliser des forces non gouvernementales car susceptibles de mater avec efficacité la contestation. Le recrutement d’anciens rebelles dénoncé par HRW intervient en pleine contestation du président Kabila dont le mandat a expiré depuis 2016 et que l’Opposition accuse de chercher à se maintenir indéfiniment. Débarrassé des insurgés grâce aux mercenaires, Mobutu sera lui renversé en 1997, après 32 ans de règne, par Laurent Désiré Kabila. Grâce à une alliance des forces étrangères. Un classique.