Quand il reprend la parole publique et s’exprime sur la situation politique en RDC. Particulièrement, à partir de Javier 2017 et son interview dans Jeune Afrique, Sindika Dokolo ne perd pas beaucoup de temps avant de voir les projecteurs se tourner vers lui. Ses prises de position et ses tweet « pimentés » contre le régime de Kinshasa – dans la foulée de la disparition du leader historique de l’opposition Etienne Tshisekedi le 1er février 2017 [laissant l’opposition orpheline] – n’ont pas tardé à faire rêver certains de l’avènement d’un « Barack Obama » congolais.

Mais, très vite, l’homme d’affaires s’empresse d’éteindre l’incendie. Il ne cède pas aux chants des sirènes des médias qui voient en lui un nouveau candidat à la présidentielle après l’ex gouverneur du Katanga Moïse Katumbi. Non, ce n’est pas sa tasse de café. Il n’est qu’un simple « citoyen énervé ».

La colère du fils d’Augustin Dokolo, un des grands noms de la 2e république sous le régime de Mobutu, a passé un cap supplémentaire ce jeudi 10 août 2017. Après avoir dénoncé la volonté du chef de l’État Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir, critiqué la politique agricole du Gouvernement et la situation au Kasaï, qui a provoqué un flux massif des réfugiés congolais en Angola, le pays de son épouse, Sindika Dokolo a lancé son mouvement citoyen. « Les Congolais Debout » qui compte déjà 10 mille adhérents en 48 heures, selon les chiffres fournis par l’initiateur, a pour objectif, ni plus ni moins, d’obtenir l’alternance au pouvoir « en 2017 ». Autrement dit, de déloger Joseph Kabila dont le second mandat a expiré depuis le 20 décembre 2016 (?).

Un opposant pas comme les autres

Il définit son Mouvement comme apolitique et appelle à l’adhésion de tous les Congolais sans distinction politique, de religion, d’ethnie. Pour autant, « Les Congolais Debout » agace et a même provoqué la colère du Pouvoir qui n’a pas tardé à l’accuser, par le biais du ministre du développement rural, Justin Bitakwira, de chercher à renverser les institutions. En effet, les mots forts employés par ce membre du Gouvernement ne sont pas anodins. Par son approche, Sindika a de quoi inquiéter.

Il y a d’abord la personnalité : charmant, riche homme d’affaires, titulaire d’un diplôme en économie et langues étrangères. Celui que l’Afrique et le monde regardent sous son étiquette de collectionneur d’œuvre d’art, maitrise également l’autre art, indispensable en politique, celui du discours politique aisé, facile et intelligible. Bref, il parle bien.

En second lieu, son approche : faire se lever « debout » les Congolais. En allant chercher le Congolais lambda pour l’impliquer dans sa lutte pour l’alternance au pouvoir, Sindika Dokolo tranche avec la routine à laquelle les Congolais sont habitués jusqu’ici : manifestations, villes mortes, boycott… Suivis à chaque fois par…le statu quo.

Mobilisation par le bas

Alors que des manifestations anti-Kabila se préparent dans le pays, à l’aune de l’approche du 31 décembre, date censée marquer la fin de la transition mise en place après l’accord de la Saint Sylvestre, « Les Congolais Debout » – qui s’appuie sur plusieurs réseaux des bénévoles d’ores et déjà en activité dans le cadre de la sensibilisation – fait du bouche à oreille, au travail, dans les quartiers et les téléphones. Une mobilisation par le bas, qui a pour avantage de couper toute ressource de contre-attaque aux adversaires. C’était le cas en Tunisie, puis en Égypte en 2011 lors des mouvements à la base du printemps arabe, ou encore, plus loin, en Afrique du Sud d’apartheid qui a vu dans les années 1970 une mobilisation ouvrière propulser un certain Nelson Mandela sur les devant de la scène et changer le cours de l’histoire.

Habituellement réservée aux mouvements sociaux traditionnels, la méthode Sindika bouscule les codes de l’opposition anti-Kabila telle qu’elle est menée jusque-là. Jusqu’où ira-t-il ?