Après trois mois de discussions, le dialogue politique supervisé par l’église catholique s’est conclu lundi par une impasse. La Conférence épiscopale nationale du Congo qui ne peut plus conduire indéfiniment les pourparlers s’en est remise au chef de l’État. Alors que pouvoir et opposition se rejettent la responsabilité. Que s’est-t-il vraiment passé ? S’agit-t-il vraiment d’un échec ? lequel ?

Oui, c’est un échec…cuisant. L’échec d’abord pour l’église catholique sur laquelle reposait l’espoir d’une grande partie de la population lorsque début novembre le chef de l’État confiait à la Cenco la mission de bons offices. Mais « les prêtres n’ont pas d’armes, ils n’ont que la parole », s’est justifié le secrétaire général Abbé Nshole qui a renvoyé dos à dos les deux camps.

Depuis le 2 Novembre 2016, les évêques de la Cenco étaient à la manoeuvre pour tenter d’arracher un accord.

Mais après trois mois peut-on exonérer les princes de l’église de leur responsabilité. La réponse est évidement, non. S’ils n’ont pas d’armes, les évêques avaient au moins une décision à prendre au lendemain de la signature de l’accord de la Saint Sylvestre le 31 décembre 2016. En prolongent les discussions pendant 3 mois, ils ont contribué au pourrissement de la situation et ont donné l’occasion aux négociateurs de se réorganiser. De réorganiser leurs stratégies de blocage. Avaient-ils les moyens de l’empêcher ? Non. En revanche, rien ne peut justifier les 3 mois de discussions sur l’arrangement particulier (?) qui sont plutôt apparues comme un troisième dialogue.

Le Rassemblement pris à son propre piège

« C’est une déception totale. Nous revenons à la case de départ : toutes les institutions sont illégitimes ». Quelques minutes après le verdict des évêques constatant l’impasse, Martin Fayulu a eu du mal á cacher sa déception. Leur échec (du Rassemblement).

En effet, c’est eux que tout le monde attendait pour « sauver » le pays. Alors que les « faux » opposants venaient de conclure un accord (celui du 18 octobre) très tendre envers le pouvoir. En refusant la confrontation dans la rue le 19 décembre 2016, il restait au Rassemblement de se montrer capable d’apporter une alternative efficace à l’opération « carton rouge » que les leaders de l’opposition ont annulé pour « préserver la paix ». On ne peut pas dire que cet objectif a été atteint au sortir du fiasco lundi soir

Si la disparition du chef de fil de l’Udps Etienne Tshisekedi en pleines négociations, il est vrai, a tout bouleversé, le Rassemblement conservait en lui les éléments de sa propre destruction et n’a pas su en faire un diagnostic rapide et rigoureux. En construisant toute sa stratégie autour de l’ancien gouverneur de l’ex Katanga Moïse Katumbi. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, la coalition née de Genval a donné les armes au pouvoir qui n’en demandait pas plus.

Condamné à 3 ans de prison,Moïse Katumbi vit en exil, mais est resté très présent dans le débat politique.

En s’entêtant à donner aux transfuges du régime à peine débarqué dans l’opposition, des rôles de premier plan, le Rassemblement a facilité la tâche à la MP qui a trouvé plusieurs astuces en bloquant le dossier judiciaire de l’ancien gouverneur, en contestant la candidature de l’ex conseiller spécial du chef de l’État Pierre Lumbi à la tête du CNSA et bien sûr en provoquant des dissensions au sein de l’opposition.

Échec de 15 ans de règne

Grand gagnant de cette séquence, Joseph Kabila vient tout simplement de balayer l’opposition dans sa différente composition, de Kamerhe à Tshisekedi (fils), de la cité de l’Union Africaine au centre interdiocésain. Il revient désormais au chef de l’État de trouver une solution à la crise comme l’a promis un communiqué de la présidence de la république.

Arrivé au pouvoir en 2001, élu et réélu entre 2007 et 2011, Joseph Kabila devait passer le flambeau à son successeur le 20 décembre 2016.

Après 15 ans de règne, Joseph Kabila a peut-être la dernière chance de sauver son bilan en matière de démocratisation du pays. Alors que celui-ci est déjà terriblement désastreux. L’espoir de sortie de crise qui s’est envolé lundi soir au siège de la Cenco rappelle surtout que le pays devait avoir les élections, mais qui n’ont pas eu lieu. Qu’au bout de deux mandats les moyens n’ont pas été mobilisés pour assurer la transition démocratique du pouvoir.
Si cela était dans l’objectif du président de la république lorsqu’il entamait son second mandat le 28 novembre 2011, il n’est pas possible de penser qu’il a réussi aujourd’hui.

Résultat, tout le monde a échoué. Il appartient à tous maintenant de se surpasser pour éviter au pays qui a assez souffert des nouvelles violences.