Par Yvon Muya
Chercheur, fondateur de CAS-INFO

La Communauté pour le développement de l’Afrique australe sera-t-elle la seule organisation internationale à être enfin parvenue à se faire entendre à Kinshasa ? Depuis le déclenchement de la crise politique en RDC et son durcissement en décembre 2016 avec le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, les tentatives internationales en vue d’un règlement, se sont, au cours des deux dernières années, toujours heurtées contre un mur. De l’ONU à l’Union européenne, sanctions, résolutions et condamnations se sont succédées. En vain. L’Union africaine se montrant même à plusieurs reprises plus alliée que médiatrice dans un conflit qui n’a pas fini d’inquiéter le continent.

Principale victime, avec la région des grands lacs, d’un possible retour à l’instabilité du plus grand pays de l’Afrique centrale et australe, la SADC a-t-elle décidé de prendre en mains, seule, le dossier congolais ? Plusieurs indications et événements inattendus semblent aller dans ce sens.

Il y a d’abord cette toute fraiche décision de l’organisation sous régionale d’installer à Kinshasa un bureau de suivi du processus électoral (lire notre article à ce sujet). Chapeautée par l’Angola, cette structure inédite a pour mission de s’assurer du bon déroulement des opérations électorales, et surtout, de la tenue effective des élections le 23 décembre 2018, selon le calendrier fixé par la CENI. Comme l’a rapporté l’agence angolaise de presse, Angop.

La constitution congolaise prévoit deux mandat… Point.

Régulièrement présentée comme victime collatérale des violences chez le grand voisin, l’Angola, responsable de la commission sécurité de la SADC, a accéléré son offensive diplomatique sur Kinshasa, ces dernières semaines. Comme le démontre la visite dans la capitale congolaise, du nouveau président angolais, João Lourenço, en février dernier. Si les communiqués officiels ont gardé le ton diplomatique habituel, de la coopération bilatérale entre les deux pays, lors de cette rencontre tripartite, avec le Congo Brazzaville, les envies du successeur de Dos Santos de retrouver un voisin beaucoup plus stable n’ont pas tardé à se faire de plus en plus remarquables au grand jour. « Ce que veut la communauté internationale et ce que demande le peuple congolais, c’est le respect de la constitution […]. Cela signifie que si elle prévoit deux mandats, elle prévoit deux mandats. Point », tranchait ainsi, sèchement, le ministre angolais des affaires étrangères, Manuel Augusto, lors d’un sommet SADC-Union européenne, fin mars, à Luanda. Soit, un peu plus d’un mois après la visite de Lourenço au Palais de la Nation.

Mais au sein de la SADC, le champion du franc parler contre le président Kabila est sans aucun doute le Botswana. Petit pays de la sous-région mais de plus en plus stable en matière d’alternance au pouvoir, Gaborone a multiplié les appels au départ du chef de l’État congolais, du pouvoir ces derniers mois. On croyait la pression botswanaise sur Joseph Kabila terminée avec la fin officielle le 1er avril 2018 du mandat du président sortant, Ian Khama, qui n’avait pas hésité à dénoncer ouvertement le « manque de respect aux règles du droit » de son homologue de Kinshasa. Mais c’était sans compter avec la culture démocratique que son successeur a tenu à pérenniser. Invité de la 13e édition de la conférence Oppenheimer de l’Institut international d’études stratégiques, à Londres, le jeudi 20 avril 2018, Mokgweetsi Eric Keabetswe Masisi a, à son tour, appelé le président congolais à se retirer de son poste à l’issue des prochaines élections, et à « ne pas tenter de revenir par quelque moyen que ce soit ».

Pour le Botswana, sa fermeté envers Kinshasa est même confortée par le départ de trois géants de la région, du pouvoir ces derniers mois : Robert Mugabe au Zimbabwe, Dos Santos en Angola et tout récemment, Jacob Zuma, l’inconditionnel allié sud-africain du président congolais. Joseph Kabila imitera-t-il les trois éléphants ? Telle est la pièce du puzzle que la SADC va devoir compléter. Si elle ne veut pas ressembler à l’UA, l’ONU, l’UE, aux États-Unis et à bien d’autres, qui se sont jusqu’ici…, cassés les dents.