Par CAS-INFO

Discours « vide ». « Contre-vérités ». Les opposants au chef de l’État se sont déchainés après la conférence de presse de vendredi, au cours de laquelle Joseph Kabila a distribué des cartes. Mais, en sortant de son silence en ce moment précis, quel était vraiment l’objectif du Président ? Qu’a-t-il cherché en ciblant les Catholiques, la Belgique et les Nations unies ? Nous vous donnons les clés pour tout comprendre.

Renvoyer l’Église dans son temple

Confronté à une contestation qui prend de l’ampleur, celle de l’Église catholique, Joseph Kabila a eu quelques mots pour cet adversaire, beaucoup plus coriace que l’opposition politique, qu’il n’avait sans doute pas vu venir. « Jésus Christ n’a jamais présidé une commission électorale », a clamé le chef de l’État tout en recommandant de « rendre à César ce qui est à César ». Pour le « César » Joseph Kabila, l’idée c’est de désigner, à l’intention des prêtres, là où ils doivent être, c’est-à-dire, dans leurs diocèses et dans leurs temples.




En empruntant l’image de l’Empereur romain utilisé par Jésus, lui-même, le Président entend frapper deux coups à la fois : expliquer à l’Église qu’elle ne doit pas se mêler de la politique, comme leur maitre (Jésus), l’avait recommandé, en son temps. Deuxièmement, tenter de provoquer un débat parmi les responsables de l’Église catholique – qui pourraient s’interroger sur le risque encouru à jouer au bras de fer longue durée avec l’appareil répressif du régime. Voilà qui pourrait desserrer l’étau qui commence à se former dangereusement autour du pouvoir.

Le repoussoir belge

Agiter la fibre nationaliste contre l’ancienne puissance coloniale. Beaucoup l’ont fait avant lui lorsqu’ils se sont retrouvés en difficulté. Laurent Gbagbo contre la France ou encore Robert Mugabe avec ses nombreuses diatribes contre la reine d’Angleterre. Pour Joseph Kabila, la tension diplomatique avec la Belgique est une occasion par excellence pour remobiliser l’opinion tant nationale qu’internationale. « Mon pays n’est pas à vendre, la Belgique doit arrêter de comploter contre notre pays ». Si, au plan national, cette posture va, et c’est déjà le cas, continuer à alimenter la propagande souverainiste, au sein de la communauté internationale où Joseph Kabila compte encore des amis, l’idée c’est de tenter de montrer aux 28 de l’Union européenne qu’en plein 21e siècle, l’un de vous essaie encore de nous recoloniser.

La France, par exemple, qui adopte une approche douce sur la crise congolaise en raison des contrats juteux en perspective avec Kinshasa, ou encore l’Espagne dont un contrat de construction d’un barrage hydro-électrique serait dans les tuyaux – pourraient ne pas de se gêner de calmer un peu les ardeurs des « amis » belges. Crier au sorcier et ainsi alerter les voisins . Joseph Kabila semble avoir bien assimilé ce dicton kinois.

L’ONU ou ce « machin »…

En effet, que ces grands pays soient membres de la communauté internationale, cela ne change plus grand-chose aux yeux des dirigeants africains englués dans des crises politiques qu’ils ont eux mêmes provoquées. Joseph Kabila en a fait la démonstration au moment de s’en prendre aux Nations-Unies et leur mission de maintien de la paix en RDC, la Monusco, dont il réclame le départ du pays. Après une vingtaine d’années de présence de casques bleus sur le sol congolais, le Président congolais a comme l’impression, a-t-il souligné, que « c’est une mission qui a pour ambition de rester ». Elle qui, selon toujours le chef de l’État, n’a réussi à éradiquer « aucun » groupe armé.

L’ONU qui se fait remonter les bretelles donc. Comment pouvait-il en être autrement avec ce « machin » de New York qui n’a jamais réussi à se faire respecter depuis le début de la crise au Congo : sa décision demandant le retour au pays de l’opposant Moïse Katumbi est resté depuis ignorée. Sa résolution 2348 demandant des élections en 2017 vient d’être balayée comme si de rien n’était. Alors que ses agents tués au Kasaï n’ont jamais suscité une réaction ferme de sa part. Pour tout couronner, malgré les dénonciations de répression, la RDC siège au Conseil des droits de l’Homme de Genève. Au nez et à la barbe de l’ONU et des victimes. Pas étonnant donc que ce soit le « César » de la RDC et non la communauté internationale qui dicte les règles. Joseph Kabila vient d’en faire la démonstration, après 5 ans de silence.