Par CAS-INFO

« Ce n’est pas une bonne nouvelle pour tout le monde. ». Si, à Reuters, puis, à RFI, Lambert Mende et Alexis Thambwe Mwamba ont fait mine de ne pas voir un problème dans la libération attendue de Jean Pierre Bemba – « il a le droit de rentrer dans son pays », ont affirmé les deux ministres – en coulisse, le retour très probable au pays de l’ancien vice-président de la république est fortement redouté par la Majorité présidentielle.

Car, comme l’a si bien souligné l’ancien président de l’assemblée nationale, Vital Kamerhe, « le vrai jeu politique va maintenant [vraiment] commencer avec ce grand leader, en liberté ». Comment ? Décryptage…

Coincé depuis dix ans dans une cellule de la Cour pénale internationale, Jean Pierre Bemba, l’homme qui a pesé 42% de voix à l’issue du second tour de la présidentielle de 2006 avant de prendre le chemin de l’exil en mars 2007, dût laisser vacante la place de chef de file de l’opposition en l’absence d’un Étienne Tshisekedi « boudeur » des élections issues de la transition du « 1+4 » honnie par l’Udps.

Jusqu’à sa mort le 1er février 2017 à Bruxelles, le « Sphinx » de Limete qui a entre-temps repris son rôle du principal challenger en défiant brillamment Joseph Kabila à la présidentielle à tour unique de 2011, le laisse à son tour à… Katumbi ? Son fils, Félix ? Kamerhe ?

Tshisekedi décédé, Bemba en prison, le champ était donc resté libre pour une bataille acharnée entre le trio précité.

Nouvellement rallié à l’opposition après une défection spectaculaire et son « non » au 3e penalty, en 2014, l’ex gouverneur du Katanga a longtemps fait la course en tête bénéficiant pèle mêle de l’adoubement de « papa Tshisekedi », de la sympathie de l’opinion publique à la suite de l’acharnement judicaire qui l’accable depuis sa fronde, mais aussi des sondages toujours bons dans lesquels il surclasse ses adversaires.

Mais si le duel Kamerhe-Félix Tshisekedi, auquel pouvait s’ajouter l’imprévisible Adolphe Muzito, se préparait à s’arracher la place d’un Moïse Katumbi écarté par la justice, la vague Bemba promet de rebattre les cartes. « Jean Pierre Bemba a la taille à la dimension de notre pays », a d’ailleurs prévenu la secrétaire générale de son parti, le MLC, laissant entendre sur RFI que c’était lui [Bemba] l’homme de la situation. « Il bénéficie de tous ses droits sociaux et politiques […] Vous n’avez qu’à voir le défilé d’hommes politiques de tous bords [au cours de la dernière décennie]. Comme si la prison de Bemba était devenue un lieu de pèlerinage », a enchainé Ève Bazaïba.

Traduction, tous les partis, qu’ils soient de la Majorité ou de l’Opposition vont devoir s’apprêter à compter avec un animal politique redoutable, connaisseur des joutes d’une campagne présidentielle. Si la question de la participation de Jean Pierre Bemba à la présidentielle du 23 décembre 2018 doit encore être clarifiée, son immense poids politique bouscule déjà les états-majors politiques appelés désormais à revoir leur stratégie en prenant en compte le phénomène Bemba.